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L'Iran au Yémen, la confrontation avec l'Arabie

L’Iran au Yémen: la confrontation avec l’Arabie Saoudite

Ce qui devait arriver a fini par arriver. Cela faisait longtemps que les régimes arabes modérés, guidés par la sempiternelle rivalité interne aux musulmans, entre islam arabe et islam persan chiite, constataient que la confrontation armée avec l’Iran finirait par succéder à la confrontation politique d’un type sournois. Aujourd’hui, les masques sont tombés, l’Arabie s’est rendue compte qu’elle ne pouvait plus attendre puisque Téhéran transforme le Yémen en une sorte de protectorat comme elle l’a fait en Syrie et en Irak… Les gérontes de Ryad ne pouvaient plus attendre. Ils ont pris en main les intérêts de leur propre sécurité, ont bousculé leurs alliés et protecteurs US et se moquent bien de torpiller le mauvais accord sur le nucléaire à Lausanne.

Quelle est la stratégie à long terme de l’Iran ? Le pays des Mollahs veut se tailler une place de choix dans la région qui est vitale pour le reste du monde. Tous les approvisionnements en pétrole transitent par cette région. Or, les sanctions occidentales ont mis à mal la monnaie iranienne qui a beaucoup perdu de sa valeur, l’économie est considérablement entravée même si l’inventivité persane parvient à passer entre les mailles du filet. En gros, la population a du mal à joindre les deux bouts et le pouvoir poursuit un seul objectif : desserrer le nœud coulant des sanctions économiques qui gênent même l’exportation du pétrole. Et c’est là le point névralgique : les voisins de l’Iran ainsi que les USA avec le gaz de schiste ont fait baisser les prix pour restreindre la manne pétrolière de l’Iran qui souffre en silence mais qui n’est pas resté inerte : les Mollahs ont choisi la méthode la plus prégnante de leur culture ancestrale : pratiquer le double langage, ne jamais agir à visage découvert, appliquer la même politique qu’au Liban où leur bras armé, la milice chiite Hezbollah, est un état dans l’Etat. On a déjà expliqué les jours précédents que la Syrie de Bachar serait déjà tombée comme un fruit mûr, n’était le soutien très fort de Téhéran. Et l’Etat Islamique serait déjà à Bagdad si les Gardiens de la révolution d’Iran n’étaient pas à pied d’œuvre sur place.

Partant, l’Iran et les états du Golfe, Arabie Saoudite en tête, se faisaient déjà face dans ces pays où l’Iran est à la manœuvre. Le déclenchement de la guerre au Yémen était donc absolument prévisible. L’Arabie ne pouvait pas laisser l’Iran installer à Sanaa un régime qui lui est inféodé car le roi Salman savait que son pays était le prochain sur la liste. La chute du régime saoudien ferait de l’Iran une super puissance régionale, face à une Egypte paupérisée et exsangue .

Pour le moment, la situation est favorable à l’Arabie qui a scellé un pacte avec tous les états de la région, y compris la Turquie et le lointain Maroc. Peut-être même, sans le dire, avec l’Etat juif. B. Obama a pris le train en marche et ses conseillers militaires soutiennent les Saoudiens.

Ce qui se passe est aussi l’illustration de l’ineptie profonde de la politique des USA au Proche Orient : vouloir stabiliser la région sous la férule de Téhéran. Les gérontes de Ryad ne sont pas prêts d’oublier cette humiliation, que même les Egyptiens ont ressenti il y a peu. D’où la réunion de Charm el Cheikh qui fut à la fois brève et efficace : l’Iran est totalement isolé et a ligué tous les sunnites contre lui.

Israël observe avec intérêt qu’il peut voir en cette coalition anti-iranienne des alliés objectifs. Les gérontes d’Arabie sont vieux mais ils ont de puissants moyens. Et rien ne dit qu’ils ne s’allieront pas avec le diable pour écarter le danger. Rendez vous compte de ce qui se passerait si les Iraniens fabriquaient la bombe ! De quel poids pèseraient l’Egypte et ses alliés face à un Iran nucléarisé ? Obama ne semble pas y avoir pensé tant sa politique à courte vue l’égare.

Ironie de l’Histoire : on s’attendait à ce qu’Israël intervienne et voilà que c’est le pays le plus musulman, l’Arabie, qui intervient. >Il y a donc une convergence incontestable : les ennemis de nos ennemis sont nos…

On se demande parfois qui conduit l’Histoire universelle… Qui tire les fils… Qui fait surgir l’événement, même le plus inattendu.

L’Ecclésiaste, ce vieux Judéen désabusé, revenu de tout, le disait déjà vers 230 avant notre ère, donc il y a plus de 2200 ans :

Car tu ne sais pas de quoi demain sera fait (kil o téda’ ma yéléd yom)

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