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 I24NEWS La télévision israélienne francophone fait peau neuve… 

Dans cet éditorial je voudrais livrer quelques réflexions sur ce phénomène unique dans les médias contemporains, en précisant que ce que j’exprime ici n’engage que moi et ne m’a été dicté par personne, sinon par l’observation directe des émissions de cette chaîne. Tout d’abord, il faut saluer la création de cette chaîne de télévision, même si les débuts furent ardus et laborieux, les rediffusions omniprésentes (je me suis même dit pendant longtemps que cette télévision allait mourir de ses… rediffusions !) et certains présentateurs d’émissions absolument insupportables. Et cela empirait avec les rediffusions.

 

Mais aujourd’hui, cette chaîne a fait peau neuve, elle a su recruter de bons correspondants, plus aguerris et en même temps elle a promu de jeunes journalistes qui ont chassé  un coup de vieux, inhérent à certaines interminables interviews ou reportages. Un mot de la genèse de cette télévision et du rôle qu’elle entend jouer. Il y avait à l’évidence un déséquilibre : en Israël, le million et demi de Russes ont au moins deux ou trois canaux, les Arabes ont droit à je ne sais combien d’émissions en langue arabe, tandis que les francophones qui sont de plus en plus nombreux n’avaient rien, à part une petite émission radiophonique sur Kol Israël, la radio nationale israélienne. Pourtant, des villes comme Ashdod et Natanya sont largement francophones. Il y a un peu plus de deux ans, j’ai découvert par hasard ce canal sans vraiment savoir de qui il s’agissait. Je m’en souviens encore comme si c’était hier : c’était la guerre avec le Hamas de Gaza et pour la première fois j’entendais parler de la légitime défense de l’Etat hébreu, alors que toutes les chaînes françaises ou étrangères (CNN et Fox News excepté) le ton était tout autre. J’ai compris et du coup je regardais cette chaîne chaque jour. Pourquoi ? En entendant les nouvelles du monde et d’Israël, déroulées sur un ton neutre, en tout cas pas anti-israélien, je me sentais mieux et appréhendais moins ce que j’allais entendre. Je ne pouvais plus supporter les récriminations contre Israël, accusé de se défendre quand il était attaqué par des missiles contre son territoire… Petit à petit, cette télévision se plaça dans mes habitudes quotidiennes, même si certaines émissions, notamment prétendument culturelles m’agaçaient prodigieusement : j’allais ailleurs le temps que cela se termine… Je déplore le départ de M. Paul Amar qui avait restructuré cette télévision mais son Paris/Jaffa faisait visiblement double emploi avec le journal du 20 heures de Jean-Charles B.  Mais aujourd’hui, je dois bien reconnaître que les changements apportés sont tout sauf cosmétiques : la chaîne a été revue et corrigée de fond en comble. Et c’est bien. Il y a plus de correspondants, juifs ou pas, plus de diversité, un peu moins de rediffusions, le rallongement de certaines autres, comme le Mag Orient de Cyrille Amar que j’aime bien, les informations sont harmonieusement équilibrées entre le Moyen Orient et la France, ce qui évite de nous dépayser. Et les commentaires de Christain Malard sont toujours pertinents. Quand je me trouve en Israël, j’arrive à avoir cette chaîne et je me suis alors posé une question qui trahit évidemment la conscience un peu inquiète du philosophe : mais pourquoi donc puiser les nouvelles dans un canal en français alors que je sais tout aussi bien l’hébreu ? Est-ce le mal du pays ? Est ce l’expression sournoise d’une sorte d’exil intérieur ? Ceci me fit aussitôt penser à un auteur que j’aime bien, qui ne s’est jamais bien senti dans son Autriche natale, qui quitta l’Europe pour l’Amérique latine où il se suicida, et qui, nonobstant tout cet antisémitisme, intitula son autobiographie : Le monde d’hier, Souvenirs d’un Européen… C’était Stefan Zweig. Je me suis alors demandé, vu ce qui se passe autour de nous depuis peu d’années, si nous n’étions pas tous en train, mentalement, de faire nos valises… Ecouter les informations de son propre pays en allant sur une chaîne étrangère (certes, pas n’importe laquelle) signifie qu’on a déjà un pied en dehors. Les dramatiques agressions antisémites en France, et notamment les dernières contre Madame Sarah Halimi (défénestrée) et la famille de Roger Pinto (cambriolée, violentée et séquestrée pendant de longues heures), poussent les gens à ne plus se sentir chez eux… chez eux. C’est un triste constat. Quand on se sent étranger chez soi, ce que les philosophes allemands appellent Entfremdung,  devenir étranger à soi-même, ce n’est pas bon signe. Le peuple juif connaît bien cette situation anormale qui est presque devenue la norme dans son histoire, une histoire qui n’en pas vraiment une, tant elle ressemble à un destin fixé à tout jamais par je ne sais quelle divinité cruelle. Une télévision peut donc conduire à des mutations presque métaphysiques. Je veux dire que les émissions, présentées d’une façon originale, poussent les téléspectateurs à se confronter à certaines réalités, à se poser des questions, qu’en temps normal, ils ne se poseraient pas. Je finirai par l’vocation d’une anecdote survenue il y a près d’un an et demi. Sortant d’un déjeuner avec un ami qui m’avait invité dans un excellent établissement, je voulus rentrer à Passy à pied. Cent mètres plus loin, un monsieur aux cheveux blancs me fait de grands signes ; je reconnais un grand avocat parisien que j’avais rencontré quelques semaines plus tôt. Je lui demande comment il va et savez vous ce qu’il m’a répondu : Professeur, j’ai enfin une adresse à Tel Aviv !! Et d’enchaîner sur ses petits enfants, eux-mêmes devenus avocats qui, me dit-il, ne veulent plus prier dans des bunkers, derrière des hommes en armes, censés les protéger contre des attentats…… C’est troublant pour une bonne digestion, cette bruitale entrée en matière.. Je finis par prendre congé, passe devant le Stella et entrevois la tête du correspondant d’I24NEWS… Il faut donc espérer que cette télévision soit le trait d’union entre deux univers aussi attachants l’un que l’autre. Il faut espérer que la raison finira par s’imposer contre les forces passionnelles et maléfiques. Depuis les attentats de Barcelone, on se rend compte que l’Europe elle-même n’est pas épargnée, elle qui a accueilli tant de gens, les a socialisés, intégrés et fait grandir. Plus qu’un continent, l’Europe est une culture.

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