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Jean-Luc Domenach, Regard sur les mutations du goulag chinois (1949-2022) Fayard, 2023

jean-Luc Domenach, Regard sur les mutations du goulag chinois (1949-2022) Fayard, 2023

Jean-Luc Domenach, Regard sur les mutations du goulag chinois (1949-2022) Fayard, 2023

 

Il s’agit d’une vaste enquête sur la politique carcérale de la Chine communiste, depuis les débuts de ce régime dictatorial et policier. Chemin faisant, on explore les métamorphoses (dans le même sens antidémocratique) de ce système qui n’ignore rien des rivalités politiques, de la corruption et de ses tendances inégalitaires tendant à favoriser les membres du Parti communiste et le népotisme en général. La légalité dans son sens le plus large a évolué en fonction de différents facteurs comme l’environnement international, les rapports de force au sein organes du Parti, sans oublier les événements internes comme la Grande marche, le Grand bond en avant et la Révolution culturelle avec ses innombrables dénis de justice et ses millions de victimes de la répression qui marquent  ces années d’anarchie. Au gré des changements de politique et de la succession  des dirigeants régionaux ou nationaux, on assistait soit à un rayon de libéralisation ou, au contraire, à l’aggravation de l’arbitraire dont étaient victimes les criminels ou les innocents tombés sous les griffes des camps de travail, des prisons et des gardiens qui les contrôlaient. Évidemment, les criminels ne bénéficiaient d’aucun droit officiellement ; et au niveau local, il fallait, pour survivre à la famine et  aux maladies, compter sur le bon vouloir de cadres corrompus disposant du droit de vie et de mort. Au fur et à mesure que l’on avançait, le pouvoir en place, sous la férule du Parti communiste, promulguait des lois de plus en plus restrictives, limitant les droits de circuler librement d’une ville à l’autre et d’une région à l’autre. Il faut savoir que des hordes de paysans miséreux faisaient tout pour rejoindre une grande ville où les conditions de vie étaient nettement meilleures.

 

La grande misère économique et sociale stimulait l’exode rural, menaçant des équilibres précaires  et aggravant la criminalité. D’où la prolifération de prisons et de camps de travaux forcés Si on laisse de côté la petite délinquance, les crimes les plus crapuleux étaient punis de mort et les exécutions publiques ou en groupes n’étaient pas rares. Les responsables communalistes furent vite confrontés à l’insécurité et aux troubles à l’ordre public ; leur culture ne les poussait pas forcément à œuvrer en faveur des droits de l’homme, même si, à quelques très rares (et surtout très brèves) périodes, un très faible souci des droits humains a vu le jour...

 

La Chine est un pays immense et sa population est la première ou la seconde au monde. Ce qui signifie qu’elle ne peut pas être gouvernée ou simplement administrée comme une s démocratie occidentale. Et je ne parle même pas de la culture et de la mentalité imprégnées par le judéo-christianisme. La notion de personne, de personnalité morale, de liberté individuelle n’ont pas vraiment poussé sur ce terreau. Des secousses aussi terribles que la Révolution culturelle ou le Grand bond en avant, ne pouvaient pas voir le jour sous nos latitudes. La tyrannie du Parti communiste, la condamnation de régions entières à souffrir de la faim et d’autres calamités  n’ont pas donné naissance à des réseaux de résistance, sauf à une date relativement récente. Les massacres d’étudiants sur la Place Tienanmen ne remontent qu’à quelques décennies , ce qui est peu de choses pour un pays comme la Chine.

 

Mais le vrai tour de force de la Chine, c’est d’avoir réussi à stabiliser le régime et à assurer la loi et l’ordre. Sans oublier le redressement du pays, même si ce dernier objectif n’a été atteint qu’au prix d’une terrifiante répression...

 

L’auteur de ce livre très bien informé se penche aussi sur la question des sources auxquelles les historiens ont puisé pour savoir ce qui se passe. Le caractère scientifique de l’ouvrage est à ce prix. Et voila, la liberté d’opinion n’est pas le bien commun de tous en Chine. Certains ouvrages portant sur la sociologie ou d’autres sujets connexes sont soit introuvables soit inexistants. Les sources humaines dont encore plus difficiles à trouver en raison du danger que cela représente pour d’éventuels professeurs critiques du régime. Les contrevenants peuvent passer le restant de leurs jours derrière les barreaux. Mais les clans qui réussissaient  à se maintenir durablement au pouvoir comme Deng et à réformer l’économie étaient censés  étendre leur main protectrice  sur leurs protégés. Mais en dépit de cela, les purges étaient fréquentes ; je pense à la fameuse «bande des quatre», comptant parmi eux la compagne du Grand timonier...

 

La vraie nature du régime communiste chinois allait se révéler dans toute son horreur lors des massacres de la Place Tienanmen, jadis occupé par les étudiants qui réclamaient plus de liberté et de démocratie. On connait la suite : des milliers de morts et une longue période de crise tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Et les Occidentaux n’ont rien fait pour porter l’estocade à un régime aux abois, n’hérissant pas à tirer sur sa propre  jeunesse...

 

Quittons un instant le système carcéral et l’absence de toute directive dans la défense des détenus, pour nous poser quelques questions sur la manière de contrer, entièrement ou partiellement, un tel régime qui opprime leur peuple et le réprime directement quand il tente de secouer son joug. On a sous les yeux l’exemple du Tibet mais aussi celui de la minorité musulmane des Ouïgoures.   La puissance de la Chine est telle que personne n’ose se livrer à de telles dénonciations. Toutes les campagnes de presse ont fait long feu, aucun gouvernement n’a tenté de porter la question sur la place publique. Et c’est la même politique qui a toujours cours de nos jours... Ce qui est mystérieux, c’est que ce régime communiste d’enfermement, de condamnation et de répression a réussi à changer un petit peu pour s’adapter et éviter l’effondrement ( voyez l’URSS), et il a sauvé l’essentiel. Aujourd’hui, la Chine permet un certain nombre d’opérations bancaires ou financières, voire macro économiques, qui étaient jadis impensables ; elle s’accommode de quelques mesures capitalistes qui lui ont permis de survivre. Mais, en toute logique, la Chine a permis l’apparition de certaines mesures en vertu desquelles, elle a continué d’exister.

 

Mais comme au bon vieux temps, des dirigeants de premier plan, disparaissent sans raison et parfois même reviennent sur le devant de la scène. Et on ne sait jamais pour quelle raison ils ont disparu ou réapparus... Pas plus qu’on ne s’explique l’emprise actuelle du Parti communiste sur une société qui s’occidentalise de plus en plus. Patience...

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