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Shlomo Sand, Deux peuples pour un état ? Relire l’histoire du sionisme. Le Seuil, 2023  

Shlomo Sand, Deux peuples pour un état ? Relire l’histoire du sionisme. Le Seuil, 2023

 

Shlomo Sand, Deux peuples pour un état ? Relire l’histoire du sionisme. Le Seuil, 2023

 

L’auteur, connu pour ses thèses en faveur d’un état binational abriant Juifs et Arabes développe toujours le même point de vue dans cet ouvrage, traduit de l’hébreu avec beaucoup de finesse. Sur ce point au moins, pas de controverse... Si j’osais, je dirais que c’est presque l’unique mérite qu’on peut trouver à ce livre. Pour le reste, nous avons affaire à la même idéologie préconçue stigmatisant un état exclusivement juif et l’accablant de tous les maux. L’état d’Israël est venu au monde dans des guerres qui durent aujourd’hui encore et selon l’auteur, c’est cette volonté de se séparer des autres habitants de la même terre ou portion de territoire qui en est la cause. L’auteur cite un quarteron d’intellectuels juifs de cette époque là en Palestine mandataire, peu aguerris en politique, qui militaient plus ou moins en faveur de cette solution d’état binational. En fait, ce que souhaite l’auteur, et c’est ben là son droit , c’est la fin du beau rêve sioniste qu’l assimile dès les premières lignes de ses développements, à une entreprise de colonisation. Le fait est asséné au lecteur de but en blanc : rien de solide n’est allégué en faveur des origines historiques du peuple d’Israël, de son foyer religieux et national, de sa spiritualité et de son histoire. Un lecteur ignare ou simplement non averti, pourrait se demander ce que tant de juifs sont venus chercher dans ce territoire qu’ils appellent la Terre promise... Un peuple errant à travers tous les pays du monde décide que c’est bien là qu’l est né, que plongent ses racines  trimillénaires, c’est là, qu’est née sa langue, son histoire et sa géographie.

 

La Bible elle-même et le Talmud sont expédiés  d’un revers de main. On parle de légendes, d’affabulations, bref pas le moindre écho de vérité . Même la critique biblique la plus hardie ne va pas aussi loin. Certes, la Bible hébraïque procède à une lecture théologique de l’histoire. Certes, la Bible hébraïque n’est pas un livre d’histoire, ce que reconnait la littérature rabbinique sans détour, en disant que dans la littérature  biblique il n’existe ni antérieur ni postérieur. Mais Monsieur Sand va bien plus loin : toute cette littérature ne saurait donner un titre de propriété à un peuple qui, même exilé aux confins de l’univers, a entretenu la piété du souvenir, le souvenir de sa terre, de sa mission, de son messianisme au profit de l’humanité dans son ensemble. Si la relation à cette terre avait été factice ou artificielle, aurait-elle pu durer plusieurs millénaires ? Le lien reliant le peuple juif à son lieu de naissance n’aurait jamais perduré, il aurai été  englouti dans les poubelles de l’histoire.

 

Avec de telles prémices, Monsieur Sand ne pouvait pas dévier de sa trajectoire. Certes, les défis qui attendaient l’état juif n’étaient pas simples. Certains sont même insolubles comme la jonction entre le caractère juif et le caractère démocratique de l’état. Je ne dis pas qu’il y a une opposition insurmontable entre les deux, mais que certaines configurations comme par exemple l’arme démographique impose des mesures spécifiques d’ordre sécuritaire. Si vous dies qu’un état est juif et doit le rester, les minorités qui y habitent elles aussi, savent à quoi s’en tenir. Jamais un citoyen non-juif ne sera chef de l’état ou ¨premier ministre. Et le samedi (chabbat) ne résa  jamais remplacé par le dimanche comme jour du Seigneur...

 

Mais est-ce suffisant pour affirmer que seul le bi-nationalisme  a l’avenir devant soi ? Le temps viendra, selon l’auteur, à bout d’un état exclusivement juifs. Voire... Je me demande ce qu’aurait pu donner ce voisinage imposé de deux états vivant côte à côte.  Ce serait l’idéal, un état vraiment paradisiaque, or nous savons d’expérience que le Proche Orient est la zone la plus dangereuse de l’univers.

 

L’auteur cite des déclarations claires et nettes de David Ben Gourion infirmant une telle thèse politique. Qu’on le dise de cette façon ou d’une autre (deux peuples pour un état ?  ou un état pour deux peuples ?), le résultat est le même. Dans le monde où nous vivons, peu pu prou d’entités politiques ont réussi à maintenir la paix civile dans de telles conditions. C’est la séparation qui a fini par prévaloir. Dans l’environnement qui est le sien et qui n’est pas près de changer, Israël est le seul état juif dans un milieu vraiment hostile, ce qui rend sa pérennité plutôt précaire. L’horreur du samedi 7 octobre le prouve à l’envi.. A elle seule, cette abomination de la désolation  préparée minutieusement ,aurait pu rendre ce livre sans objet. Que se serait- passé il si de  tels individus devaient être, même partiellement, aux manettes d’un état binational ? Je préfère ne pas y penser... La relecture de l’histoire du sionisme proposée  par Monsieur Sand est très partiale. Les Martin Buber, les JeonL. Magnès, les Gerschom Scholem n’avaient pas assez d’expérience politique et leurs interrogations ne suffisent pas pour dire qu’ils étaient des partisans du bi-nationalisme.

 

Mais la situation n’est pas simple et l’avenir de l’état d’Israël n’est pas sans poser quelques questions ni susciter quelques interrogations. L’état va en se renfonçant et paradoxalement cela appondit le fossé séparant les deux protagonistes. Nous avons affaire à l’armée et à la technologie de pointe les plus performantes les plus remarquables face à des bandes de terroristes massacrant sans distinction hommes, femmes et enfants tout en prétendant agir sous  couvert de mouvements de libération.

 

En parcourant ce livre, je me suis aussi rendu compte que le principal reproche fait à Israël tenait   à la volonté intraitable de rester fidèle à lui-même. Et en écrivant mon ouvrage intitulé Renan, la Bible et les Juifs ( Arléa, 2011), le célèbre philosophe-historien avait parlé d’élargir le sein d’Abraham. Ce qui signifie qu’Israël ne s’est pas intéressé à l’intégration du monde des païens... Ici, Cet isolement volontaire du peuple d’Israël est déjà présent dans le livre des Nombres (Ce peuple vivra seul...) c’est un peu la même chose dans le ca qui nous occupe : pourquoi ne pas fusionner avec les Arabo-musulmans ? Si on avait de ‘l’humour on pourrait ajouter qu’ils sont déjà circoncis et ne mangent pas de la viande porcine.. C’est déjà ça...

 

C’est le passé, même lointain, qui permit d’avoir une bonne interprétation du présent et même de deviner l’avenir. Alors  que le sionisme politique faisait ses premiers pas en Europe du XIXe siècle, on percevait déjà la richesse idéologique du mouvement et la diversité de ses tendances. Alors que certains militants plaidaient en faveur d’une christianisation du mouvement, seules ont prospéré les racines qui se réclamaient de l’authentique tradition  juive. N’oublions pas que même la famille de Herzl n’a pas été épargnée par tous ces égarements spirituels  ou religieux... Et tous ces leaders occidentaux n’avaient que mépris pour tous ces Orientaux. Le leadership ashkénaze a mis tant temps avant de changer.

 

Il est indéniable que des personnalités comme Ahad-ha -Am (Asher Zwi Ginzberg) avaient une conception apolitique du sionisme, un peu comme un grand phare culturel guidant l’humanité dans son ensemble. En fait, tout sauf un programme politique réaliste. En plus, dans sa Croisée des chemins cet auteur se montre très critique sur ce qui se passe en terre d’Israël (Emét mé-Erets Israël).  Mais en tout état de cause, cela ne suffit pas pour  faire de Ginzberg un partisan du bi-nationalisme...

 

Quel mal y a-t-il à parler de Judée-Samarie au lieu de dire Cisjordanie qui ne veut pas dire grand ‘chose ? Après tout, tout bien considéré, c’est sous cette appellation que ce site ou cette région est citée  dans les sources anciennes...Le chapitre  consacré au mouvement Berit Chlaom montre combien il est difficile de trouver de réels partisans d’un état binational. Tant avec Arthur Ruppin, le père de la sociologie moderne du peuple juif qu’avec Hans Kohn, Gerschom Scholem et Shmuel Hugo Bergman La plupart de ces personnalités ont fini par comprendre que la question arabe ne se laisserait pas résoudre par de simples pétitions de principes : les uns et les autres avaient des vues sur le même territoire ; ou comme le dit le talmud, une couronne ne peut pas servir à deux rois. Au même moment..  Arthur Ruppin l’avait bien compris après quelques années de d’incertitudes et de désillusions. D’où son départ du groupe autour de Berit  chalom. N’oublions pas les pogromes de 1929 et d’autres plus tardifs. Les deux peuples ne pouvaient pas cohabiter paisiblement au sein des mêmes structures étatiques. On en  a encore vécu la preuve, hélas, un certain 7 octobre de cette année qui tire à sa fin.

 

Mais il faut bien reconnaître que l’idée binationale a un peu prospéré dans certains milieux et chez certaines personnalités. Le preuve, entre autres, est rapportée dans une lettre en date  du 13 septembre 1929 e adressée par Léon Magnes à Félix Wartburg : Il nous incombe de renoncer une fois pour toutes à  l’idée dune «Palestine juive» au sens d’un pays juif qui qui supplantera la Palestine arabe... le sionisme n’existait pas au début du judaïsme, t s’il ne s’accorde pas avec le judaïsme du point de vue moral, malheur au sionisme.

 

Mais voila, à peine quelques mois après cette sombre prédiction, le mouvement Berit Chalom était définitivement dissout. Que dire sur l’avenir de cette illusion qu’est le bi-nationalisme ? Dans la mesure où il est permis aux mortels de faire des prédictions sur l’avenir, force est de constater que le Proche Orient n’évolue pas dans la direction d’une telle idée. Il faudrait changer la nature humaine et transformer en profondeur certaines cultures. Il est une question que les spécialistes (et je ne suis pas du nombre) ne se posent presque jamais : mais pourquoi donc la partie arabe n’a pas accepté le partage de la Palestine ? Et pouvons nous assumer qu’elle accepterait demain ce qu’elle a refusé de manière absolue hier ?

 

Cela nous mènerait trop loin. Mais contrairement  à ce que semble penser l’auteur, l’état d’Israël n’est pas dans une impasse. Il n’est pas là, le dos au mur, contraint de choisir entre l’apartheid d’un côté, et l’état binational, de l’autre. Les développements sociaux et économiques, donc politiques, ont montré que d’autres voies étaient disponibles et parfaitement praticables. Les accords d’Abraham l’ont montré et continueront de le monter. Mais il faut que les équilibres démographiques perdurent.

 

 

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