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Bernard-Henri Lévy: la dernière perlme noire lâchée par l’huitre du nazisme…

Bernard-Henri Lévy: la dernière perlme noire lâchée par l’huitre du nazisme…

Ce matin, à partir de huit heures trente, grâce à l’amitié de Guillaume Turin, directeur de la communication du groupe comprenant Paris Première, j’ai pu prendre part à un petit-déjeuner avec Bernard-Henri Lévy, dans le club choisi et distingué que cette chaîne de télévision vient de créer. Le premier invité de ce club fut Jacques Attali.

L’échange a duré quatre-vingt-dix minutes et je ne pourrais, dans le cadre de cet article, revenir que sur ce qui m’a le plus intéressé. A commencer par cette métaphore un peu laborieuse mais très suggestive que l’auteur a appliqué à l’islamisme, autrement dit à l’islamisme radical. Bhl était en forme et avait bien préparé cette rencontre. Comme on se trouvait dans un cercle restreint, composé de personnes a priori bien prédisposées, le philosophe s’est livré sans crainte et de manière assez naturelle.

Je voudrais réagir à une remarque très bienvenue de l’un des responsables, David Abiker, le débat étant animé par mon vieil ami Alexis Lacroix. Abiker a relevé que BHL était l’un des rares interlocuteurs ou commentateurs connus à dire encore sans hésiter : J’espère, j’ai l’espoir. Abiker a ajouté que cette voix dissonante était d’autant plus remarquable dans un univers où la désespérance, le déclinisme régentent les esprits et ont envahi les rédactions. BHL qui a maintes fois dit et répété lors de cette rencontre qu’il est juif a exprimé son accord, en disant que cela provenait peut-être de sa judéité. Ensuite, Alexis a parlé de réparation, et comme il sait un peu l’hébreu, je suis sûr qu’il pensait au Tikkoun des kabbalistes de la Renaissance qui organisaient leur spéculation mystique autour de trois concepts fondamentaux : le tsimtsoum (contraction de l’essence divine pour dégager un espace primordial occupé par la création), le bris des vases (shevirat ha-kélim) (des vases terrestres qui éclatent sous l’effet gigantesque du flux divin) et enfin pour réparer ce drame à l’échelle de tout le cosmos, le Tikkoun, à savoir la restauration de l’harmonie cosmique, telle qu’elle existait au premier matin de la création du monde.

Je laisse de côté l’inconséquence théologique que représente le Déluge où une divinité créatrice -qui jugeait son monde très bien (tov méod)- n’a pas trouvé de meilleur moyen de régénérer son univers qu’en le noyant sous des masses d’eau… En le détruisant pour permettre l’émergence d’un autre ! C’est une autre problématique qui s’explique surtout par la reprise d’un mythe issu d’une culture polythéiste mais que la Bible hébraïque, chef d’œuvre du monothéisme éthique, a intégré sans trop de discernement.

Mais revenons à cette propension juive à réparer, à espérer, à se dire que tout n’est pas perdu, qu’il faut encore et toujours espérer, envers et contre tout. Mais l’espoir n’est pas une dimension exclusivement juive ni biblique. Cet attachement viscéral à la vie, au bien, à la culture et au progrès constituent l’humus d’un messianisme ancestral. Même au VIIIe siècle avant notre ère, le prophète Isaïe annonçait que les choses iraient en s’arrangeant malgré les coups de boutoir de l’armée assyrienne contre la petite Judée. Même Jérémie, quelques siècles plus tard, redonnera, dans son magnifique chapitre XXXI, espoir à la matriarche Rachel en prophétisant le retour de ses fils partis en captivité. Et plus proches de nous, le hymne national israélien s’appelle Ha-Tikwa, l’Espoir.

D’ailleurs, au lendemain de la seconde guerre mondiale, alors que le poids de la Shoah aurait dû éliminer pour toujours l’espoir de toute la surface de la terre, Edmond Fleg, l’auteur d’une belle Anthologie juive, publiait un nouvel ouvrage au titre évocateur, Nous de l’espérance…

Et on trouve aussi bien des notes d’espérance chez Franz Rosenzweig et Emmanuel Levinas, deux auteurs que BHL cite tant dans son dernier ouvrage…

Par ailleurs, un livre consacré à la personnalité et à l’œuvre de Simon Nora, le haut fonctionnaire, frère de l’historien Pierre Nora, vient de paraître. Interrogé, Pierre Nora a divisé en trois parties la dynamique de son défunt frère : le messianisme juif, le sens de l’Etat, la volonté de servir.…

Mais j’ai aussi retenu, dans cette très instructive rencontre, une analyse assez fine de cette obsession de la pureté qui fascine, de nos jours, les intégristes religieux qui jettent un regard désespéré mais aussi dévastateur sur le monde qui les entoure.

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève de ce 29 juin 2016.

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