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Hélène Lewandowski, La face cachée de la Commune (Le Cerf)

Hélène Lewandowski, La face cachée de la Commune (Le Cerf)

La lecture de ce passionnant petit ouvrage, signé par une diplômée d’architecture, nous remet dans l’ambiance du second Empire, de Napoléon III et de son grand préfet Hausmann, l’urbaniste-chirurgien, adulé par les uns et voué aux gémonies par tant d’autres… On l’a tenu pour responsable des déséquilibres imposés par ses projets urbanistiques et la terrible insurrection qui s’ensuivit. Existe t il un rapport entre cause et effet ? Les historiens en débattent encore…

L’auteur conclut son introduction par une interrogation qui augure bien de la suite de ses développements et de sa thèse : En incendiant Paris les Communards auraient-ils finalement servi les intérêts de la bourgeoisie en lui offrant l’opportunité de remplacer les monuments publics des prestige qu’elle juge inutiles et coûteux par des équipements nécessaires à la bonne conduite de ses affaires ?

 

 

Hélène Lewandowski, La face cachée de la Commune (Le Cerf)

 

On a longtemps disserté sur les responsabilités des uns et des autres : les Communards ont longtemps été considérés comme le vile multitude, la lie de l’humanité, des bandes de criminels sans foi ni loi qui jouissaient en incendiant et en détruisant les plus beaux monuments de Paris. Et en effet, les exactions commises furent terribles… D’autres, comme Victor Hugo, Jules Vallès, Baudelaire et Verlaine prirent plutôt le parti des insurgés, du moins au début des troubles, cette moitié de mai 1871,arguant que les autorités avaient déraciné des milliers de pauvres gens, chassés de chez eux par un pouvoir aiguillonné par de juteuses opérations immobilières ou des considérations de prestige.

Mais il fallait bien reconnaître, en dépit de la brutalité des expropriations de tant de pauvres gens, que le cœur de Paris se couvrait de taudis et de garnis… L’auteur note que la métamorphose orchestrée par le préfet Hausmann dura dix-sept ans et coûta environ deux milliards et demi de francs. Et pourtant, le corps législatif avait tout fait pour modérer les ambitions de l’empereur et de son préfet…

On a du mal à reconnaître le Paris de l’époque dont les rues étaient puantes, insalubres et difficiles d’accès.. Or, les trois quarts des Parisiens y vivaient. Mais à cette époque, la concertation et les négociations n’étaient pas encore à l’ordre du jour… Le petit peuple de Paris s’est senti injustement dépossédé de son espace de vie, rejeté vers des banlieues insalubres et très é éloignées de leur lieu de travail. Pourtant, le pouvoir était très sûr de son fait ; j’en veux pour preuve la déclaration du secrétaire général de la préfecture de Paris, Charles Merruau qui nous semble pécher par excès d’optimisme : Ce n’étaient plus des bandes d’insurgés qui parcouraient la ville, mais des escouades de maçons, de charpentiers, d’ouvriers de toute sorte allant à leurs travaux ; et si l’on remuait les pavés, c’était non pour les entasser en barricades, mais pour faire circuler sous les rues l’eau et le gaz…

Cette haussmannisation à marche forcée n’était vraiment pas de bon aloi. Les observateurs les plus attentifs ont prévenu du danger : cette urbanisation isolait les différentes classes sociales les unes des autres, éloignant pour toujours les ouvriers de leurs compatriotes bourgeois. Aucune mixité sociale. C’est bien de ce côté qu’il faut rechercher l’une des causes les plus importantes des événements sanglants de la Commune. D’aucuns ont jugé que l’on ruinait les anciennes spécifications : les Parisiens n’étaient plus de vrais citoyens mais étaient devenus de simples habitants, ballottés d’un endroit à l’autre. En fait, en croyant bien faire, on transforma Paris en poudrière, notamment par l’afflux de milliers d’ouvriers dont on avait besoin pour restaurer et embellir la capitale. Mais bon nombre d’honnêtes citoyens regardaient avec méfiance cet afflux d’ouvriers et de miséreux qui pouvaient bien, un jour, tenter de renverser l’ordre établi.

Le chapitre second de ce livre mérite bien son titre : Paris s’enflamme. Alors que la colère des masses laborieuses gronde, que le siège prussien se referme sue Paris, Thiers et son gouvernement quittent la capitale pour Versailles d’où ils organiseront la reconquête du terrain perdu. Systématiquement, minutieusement les troupes aguerries et bien commandées reprennent sans pitié tout ce qui était tombé entre les mains des révolutionnaires. Et lorsque les troupes versaillaises rentrent dans Paris, c’est un spectacle apocalyptique qui s’offre à elles : la dévastation et les incendies géants, une véritable politique de la terre brûlée. Avec, évidemment, les atrocités accompagnant généralement ce genre de combat d’arrière-garde…

Est ce que les témoignages personnels ou les déclarations officielles disaient tous la vérité ? Est ce que la rage destructrice des Communards était aussi débridée et aussi féroce qu’on l’a dit ? Certes, il y eut des commissions d’évaluation des dégâts afin d’indemniser ceux qui en furent les victimes puisque les canons prussiens n’étaient pas les seuls à bombarder la capitale… Certains ont tenté d’amoindrir les méfaits des Communards en disant qu’ils n’ont fait que prendre acte de la désertion des autorités, parties se réfugier à Versailles… Que faire des ministères abandonnés par leurs occupants ? Eh bien, on les occupe… Mais il ne faut pas omettre d’ajouter que lorsque les insurgés durent à leur tour quitter les palais nationaux, ils allumèrent des mèches avant de partir, les aspergèrent de pétrole, ce qui provoqua la destruction de certains joyaux d’architecture… L’auteur évoque même que l’agence Cook’s Tour de Londres organisait des visites des ruines dans la capitale. Et certains touristes s’étonnaient de constater que certains quartiers parisiens n’avaient subi aucune dégradation…

Aussi étonnant que cela puisse paraître, ces ruines et ces incendies ont aussi fait des heureux, des photographes, contents de pointer leurs appareils sur des ruines encore fumantes. La presse des autres continents drainait des touristes avides de se pâmer devant de si belles ruines. Et même la presse nationale magnifiant les ruines, se mt de la partie…

A qui a profité ce crime contre la civilisation que fut l’incendie de Paris par les communards ? Selon l’auteur, la bourgeoisie, classe dominante et montante, a su tirer son épingle du jeu avec astuce. Laissons donc le dernier mot à l’auteur : En s’attaquant à des monuments que personne n’aurait osé condamner, ces incendies ont offert à la nouvelle classe dominante l’opportunité de faire prévaloir des projets plus sobres, plus fonctionnels, mieux adaptés au contexte économique et social.

C’est le lot de chaque histoire humaine : il y a des perdants et il y a des gagnants…

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