Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Jeacob Emden (1697-1776 )et son autobiographie (Meguillat séfer )ou l’anti-Sabattaï Zewi)

Jeacob Emden (1697-1776 )et son autobiographie (Meguillat séfer )ou l’anti-Sabattaï Zewi)

Jeacob Emden (1697-1776 )et son autobiographie (Meguillat séfer )ou l’anti-Sabattaï Zewi)

 

 L’éminent  rabbin Jacob Emden (localité située au nord ouest ede l’Allemagne, estt une figure marquante du rabbinat européen, tant par sa personnalité que par son œuvre riche et si originale. Mais deux éléments indépendants de sa volonté font qu’il n’a pas u de son vivant,  la notoriété ni le retentissement qu’il aurait largement mérités : une obéissance, voire une soumission quasi idolâtre à l’égard de son vénéré père, le hacham Zewi, et la malchance d’être né seulement  deux décennies après le décès du faux Messie Sabbataï Zewi (ob. 1676) dont Emden combattra sans relâche les séquelles. Ce qui n’a pas manqué d’absorber une bonne part de son énergie, tant ce combat. lui semblait relever d’une mission sacrée : : éloigner de la bergerie les loups de l’antinomisme et sauver la saine orthodoxie du judaïsme rabbinique.

 

Dans la littérature rabbinique, Emden était désigné par l’ acrostiche suivant Ya’BéTS, c’est-à-dire Jacob fils de Zewi, ce dernier n’étant autre que le célèbre rabbin de la communauté ashkénaze d’Amsterdam, jadis dominée par une majorité séfarade. Emden avait donc de qui tenir ; du reste, dans la première partie de son autobiographie hébraïque (que j’ai traduite et publiée en 1996)  où il tresse principalement  des couronnes à son vénéré p§re, il fait état d’une longue lignée rabbinique parmi ses ancêtres.

 

Jacob Emden était donc le fils d’une célébrité rabbinique, le Hakham Zewi, rabbin de la communauté ashkénaze d’Amsterdam .Ce chacham Zewi avait fait ses premières armes à Budapest et à Sarajevo où il perdit la totalité de sa famille, suite  à la guerre. I quitta les Balkans pour s’installer à Berlin où il prit femme pour ensuite se poser à Altona, il l s’installa à Berlin où il s’était marié mais choisit d’habiter à Altona .Ce Hakham Zewi était , certes, un grand savant de la Tora mais aussi un grand idéaliste qui ne connaissait pas la face sombre de l’âme humaine avec ses abjections Ce défaut, cette carence en matière de psychologie, notamment à l’échelle des communautés juives dispersés sur la surface du globe, vont  conduire l’éminent rabbin  à se sauver nuitamment d’Amsterdam en raison d’un conflit qui l’opposait aux dirigeants laïques de la communauté. Ce sage se crut au-dessus de ses employeurs lesquels n’hésitèrent pas à engager une action judiciaire contre lui auprès des autorités locales. Son fils Jacob n’oubliera jamais ce traumatisme de son enfance, une fuite éperdue à travers la ville dont son père avait pourtant occupé le prestigieux poste rabbinique.

 

Mais Emden n’ose pas se permettre la moindre critique à l’égard de son père, mais on sent, entre les lignes, qu’il savait bien par où son père pêchait. C’est ce que j’ai senti en traduisant un passage très personnel de l’autobiographie : quand il fait le bilan de son existence, au soir de son vie, Emden revient sur un incident qui aurait pu bouleverser sa vie, tout chambouler dans le bon sens . lL y avait dans la communauté une riche famille juive qui souhaitait marier sa fille à Jacob Emden Et pourtant, le père, Hacham Zewi,  refusa net un telle union pour des raisons qu’on n’a jamais comprises. Mais Emden dit que cette jeune fille lui plaisait bien, que son père aurait accordé à son futur gendre une belle dot, ce qui l’aurait mis à l abri du besoin pour le restant de ses jours. Et quiconque lit cette autobiographie jusqu’au bout ne manquera pas de relever que Emden eut  constamment des soucis d’argent. Le père quitta ce monde à Lemberg en 1718 au terme d’une vie d’errances et de malheurs. Ne dit-il pas à deux reprises, oui je hais la vie. Je la hais.

 

Si on laisse de côté cet aspect timoré d’Emden, on réalise qu’on a affaire à un esprit puissant.  Son intérêt pour les sciences, les langues et le monde  en général, est indéniable. On ne retrouve plus cet aspect velléitaire, timoré ou soumis. Et il ne manque pas d’humour : il nous dit qu’il a lu l’Éthique d’Aristote puisque tout le monde en faisait grand cas, mais il ajoute avec malice, qu’il n’a pas soustrait ces heures là à l’étude la Tora puisqu’il a lu l’Éthique dans son cabinet de toilette, lieu où il est formellement interdit d’étudier la Tora

 

J’en viens à présent au combat de toute une vie, celle d’Emden contre les séquelles du sabbataïsme : dépister, traquer, défoncer publiquement les crypto-sabbataïstes, telle fut la mission d’Emden et cela empoisonna ses relations avec sa propre communauté et son entourage. Il commença par démissionner de son poste de rabbin d’Emùden ; ensuite il s’interrogea sur l’avenir au sein des trois communautés allemandes du Nord ; Hambourg-Wandsbeack-Altona ; mais voila,  il n’était pas seul. Un certain Jonathan Eibeschutz  1696-1774) était lui aussi sur les rangs et entendait briguer ce poste si envié et si prestigieux. La suite est encore un peu controversée... Est-ce que ce célèbre talmudiste, auteur des Ye’aot DEvach (Rayons de miel)  pour avoir été infecté par l’hérésie et devenir un adepte clandestin du faux faus Messie ? Emden, pour qui rien ne passait avant la lutte contre le faux Messie, ne se retint pas de lancer pareille accusation. Comme dans tout conflit ou dissension interne,  les gens se divisent en deux camps opposés mais Eibeschutz fut finalement élu et dut jurer, devant l’arche sainte ouverte, qu’il n’a jamais adhéré  à la doctrine fausse de l’hérétique... C’était sans compter avec la hargne d’Emden qui répliqua qu’en prononçant  sa fidèle profession de foi et son allégeance au judaïsme rabbinique, Eibeschutz avait aussi prononcé en silence une restriction mental (restritio mentalis)...

 

Emden ne s’avoua pas vaincu. A cette époque, il arrivait parfois que certaines femmes connaissaient des accouchements difficiles et même périlleux. Les rabbin locaux  écrivaient des formules magiques sur des parchemins qu’on enfermait dans un boitier. C’étaient donc des amulettes. Mais voila, un jour Emden a autopsie  des allumettes que Eibeschutz avaient données à des femmes ; il affirma y avoir découvert des renvois à «Sabbataï Zewi, Messie d’Israël». Il dénonça alors énergiquement les visées crypto-sabbataïstes de son rival.

 

En tout état de cause, qu’il ait eu raison ou tort, Emden a prouvé sa profonde connaissance du texte zoharique. A telle enseigne que le professeur Tyschby a dit qu’il suffisait de ranger par rubriques les notes pertinentes de Emden pour élaborer un véritable corpus zoharique. Et ce, sans l’aide de l’étude  des sources. Un véritable tour de force. Mais il y a le contre exemple dont il faut aussi tenir compte. Emden prétendit que Maimonide ne pouvait pas avoir rédigé le Guide des égarées mais que ce texte avait été  excogité par un moine byzantin désireux de compromettre le grand philosophe.

 

On se rend compte de la grande richesse de  cet homme qui préféra s tenir sur le seuil de la culture européenne plutôt que de s’y engouffrer comme le fera Moïse Mendelssohn, con contemporain (1729-178)6). Les deux hommes eurent à croiser le fer lorsqu’un pontentat local (le duc de Mecklembourg-Schwerin) demanda aux juifs de surseoir aux enterrements, donc d’attendre trois jours avant de procéder à l’enfouissement, afin d’être sûr que le défunt était vraiment mort. Les communautés se tournèrent vers Mendelssohn qui adopta une attitude modérée ; sans rejeter la proposition, il en expliqua les avantages et les inconvénients C’est alors que Emden se joignit au débat enjoignant à son collègue plus jeune de ne pas traiter la tradition juive à la légère : c’est ce qui ressort de leur correspondance hébraïque. La proposition émanait du duc de Mecklenbourg-Schwherin en 1772...

 

En fait, Emden comme le Faust de Goethe, est travaillé par deux tendances contradictoires : Zwei Seelen pochten, ach ! in meiner Brust (Deux âmes, hélas, battaient dans ma poitrine...

S’il s’était laissé aller, il aurait pu atteindre les mêmes sommets que Mendelssohn. Mais  il a mieux perçu les dangers posés par la culture européenne sur l’identité juive. Il a refusé de sauter le pas. J’ai senti cette tendance chez lui dans un cas précis : l’attribution de la légitimité traditionnelle au corpus zoharique. On sait que l’orthodoxie veut croire en l’antiquité du Zohar, en l’attribuant au Tanna du IIe siècle notre ère, rabbi Siméon bar yohaï auquel, pourtant, le Talmud ne lui attribue jamais la moindre déclaration mystique ou mysticisante. Emden dans sa Mitpahat sefarim a senti la difficulté et a décidé de contourner le problème/ Pour ne pas s’en prendre à la tradition qui opte, contre vents et marées, pour l’antiquité de l’œuvre et son attribution à la plume de Siméon bar YohaÏ, Emden écrit littéralement que l’auteur du Zohar s’est tellement investi dans on travail qu’il a recueilli dans son âme les facultés du rabbi talmudique (nitsotsé neshama) Donc, on sauve l’essentiel : Siméon bar Yohaï a écrit le Zohar sans l’avoir écrit tout en l’ayant écrit. Il fallait une certaine dose de subtilité et un maniement très adroit de la dialectique pour arriver à ce résultat  pour ne pas froisser les tenants de la tradition sans mécontenter l’esprit critique.

 

Emden représente une sorte de fondamentalisme, même si le terme n’existait pas à son époque. Je suis frappé par ses réserves à l’égard de la Haskala qu’il eût été le seul, dans le camp orthodoxe, à comprendre et même à incarner. Dans ses Dix-neuf épîtres sur le judaïsme (1808-1888)Samson-Raphaël Hirsch (1808-1888) posera les mêmes questions : que faire de la culture européenne ? S’en inspirer ou s’en méfier ? Je crois que c’est la première partie de la question est juste...

 

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.