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Michaël Darmon,    Le pape et la matriarche. Histoire secrète des relations entre Israël et le Vatican. Passés / Composés. 2024

Michaël Darmon,    Le pape et la matriarche. Histoire secrète des relations entre Israël et le Vatican. Passés / Composés. 2024

Michaël Darmon,    Le pape et la matriarche. Histoire secrète des relations entre Israël et le Vatican. Passés / Composés. 2024

 

Jeune journaliste qui devient de plus en plus connu, Michaël Darmon commence par évoquer dans ce livre les présupposés de cette rencontre à la fois historique presque improbable, entre le pape Paul VI et le Premier ministre d’Israël Golda Méir. Deux géants de l’histoire mondiale se font face. Les enjeux dépassent, et de très loin , leurs  personnalités respectives Ce sont deux approches fort différentes et pourtant si intimement liées qui vont s’affronter : pour la fille rebelle de la synagogue, l’église catholique, l’histoire du peuple d’Israël s’est achevée avec la destruction lu temple de Jérusalem en l’an 70 de notre ère : même  un  savant comme le philosophe-historien Ernest Renan, pourtant en délicatesse avec l’église officielle,  arrête son Histoire du peuple d’Israël, calquée sur son modèle allemand, Heinrich Ewald, sur les ruines du temple. Après cette date, les juifs n’existent plus en tant que peuple, les nouvel Israël occupe cette place si enviée et ceux qui ne se sont pas encore ralliés au message du Christ, sont victimes d’une coupable opiniâtreté qui les condamne à errer de par le monde...

 

Le pape qui reçoit cette femme, Premier ministre d’un pays où l’église plonge ses racines profondes, a été nourri par cette théorie qui tient en une formule, heureusement dénoncée depuis, par ses propres tenants, le christianisme est la vérité du judaïsme... Vaste programme qui condamne à la disparition tout un peuple, et pas n’importe lequel.... Golda Méir fait un peu figure d’une revenante, venue plaider en faveur d’une restitution d’héritage prélevée sur quelqu’un qui n’est ni mort ni enterré. Or, c’est précisément la nature de cette pomme   de discorde qui oppose juifs et chrétiens que les deux protagonistes vont tenter de surmonter pour parvenir à un dialogue digne de ce nom. En d’autres termes, plus agressifs, les juifs restés fidèles à la Torah des érudits des  Écritures et ayant refusé d’admettre en leur créance l’appel du Christ, réclament des comptes et exigent réparation pour deux millénaires de persécutions et d’iniquités dont l’apex porte le nom de Shoah...

 

C’est dire si le contentieux qui attend le représentant de l’église chrétienne lors de sa rencontre au Vatican avec Golda Méir est crucial. L’enjeu est de nature historique. Pour la matriarche d’Israël, l’histoire juive se poursuit et ne s’est jamais arrêtée. La contestation autour du verus Israël se poursuit, Israël n’a pas disparu de la scène de l’histoire universelle : ses héritiers existent et seule une certaine histoire, biaisée excessivement, les prive injustement de leurs droits légitimes.

 

Juifs et chrétiens se sont affrontés depuis les contestation judéo-chrétiennes des premiers siècles. Mais qui a raison ? Nous sommes confrontés au problème de l’historiographe biblique : la Bible, nous le savons bien, procède à une lecture théologique de l’histoire. C’est l’idée même de l’histoire sainte, en allemand, l’histoire du salut   (Heilsgeschichte)). Elle poursuit un objectif éthico-religieux qui compromet parfois l’historicité des personnages bibliques, au point que certains philosophes juifs du Moyen Âge ont os é dire que «depuis la création du monde jusqu’au don de la Torah sur le Mont Sinaï, tout n’est que paraboles, symboles et allégories.».

 

André Chouraqui m’a dit un jour que  l’historiographie biblique est , je le cite, prophétisante : elle parle de choses qui sont advenues avant d’advenir. Le langage prophétique permet une telle projection dans l’avenir. Le meilleur exemple en est le statut du livre du Deutéronome, le cinquième livre attribué à Moïse ; le livre énonce les malheurs qui vont s’abattre sur Israël au cas où celui-ci s’écarterait de la voie divine... Mais en réalité, toutes ces menaces se sont déjà concrétisées. L’exil, fléau majeur,  est déjà une réalité existante.

 

Je m’arrête là pour ce qui est de l’introduction et cela donne une idée de la montagne que les deux discours doivent transcender pour se faire entendre l’un de l’autre. Y sont-ils parvenus ? Après le concile Vatican II, on peut répondre par l’affirmative, ce qui ne signifie pas que nous sommes arrivés au bout de nos peines.

 

Juifs et chrétiens, un vis-à-vis permanent. Le philosophe juif allemand, Franz Rosenzweig (mort en 1929), avait, à un moment de crise spirituelle, envisagé la conversion au protestantisme.  Il eut à ce sujet une forte altercation avec sa propre mère lorsqu’il surgit un jour devant elle, les Évangiles à la main , criant : Mère ! Tout y est, toutes la vérité est là ; nous sommes historiquement déjà devenus chrétiens, l’air  que nous respirons est chrétien, etc... La mère a vite fait de ramener son rejeton à la raison. Lequel devint plutôt un juif très observant, sana jamais, toutefois, vilipender la religion chrétienne. A la fin de son œuvre majeure, L’étoile de la rédemption, l’auteur affirme haut et clair que le judaïsme est arrivé à bon port alors que le christianisme est constamment en route, en quête de nouvelles âmes à convertir afin de les  ramener dans son giron. C’est un refus du prosélytisme chrétien.

 

Du Saint Paul à Rosenzweig, deux millénaires se sont écoulés. C’est rabban Gamliel, le maître de Saül de Tarse, qui fait face au pape Paul VI. Et ce  ne fut pas facile,  ni pour l’une ni pour l’autre.

 

Comprenez moi bien :  la reconnaissance de l’état d’Israël par le Vatican a des répercussions qui s’étalent sur un peu plus de deux millénaires. C’est plus qu’une simple démarche diplomatique, cela se situe à un autre niveau. Le pape Paul VI a peut-être pensé en recevant la Première ministre israélienne qu’il infirmait, d’une certaine manière, un jugement  prétendument sans appel, fulminé par notre «sainte mère, l’église» (sic). Si les juifs en venaient à réclamer la reconnaissance de leurs droits, bafoués depuis des siècles, les institutions ecclésiastiques  apparemment indestructibles vacilleraient sur leurs bases... C’est pourquoi juifs et chrétiens ne seront jamais totalement étrangers l’un à l’autre. Ils sont différents l’un de l’autre mais ils ne seront jamais indifférents l’un à l’autre.

 

Une anecdote  historique : un juif en visite au Vatican discute avec un cardinal de la curie romaine. Haut dignitaire lui demande comment s’est passée sa première journée au Vatican et le visiteur répond qu’il a visité quelques dicastères. Mais , ajoute-i-il, je n’ai pas vu le dicastère chargé des juifs... Réponse du cardinal qui avait le sens de l’humour : Mais professeur, il n’y a pas de dicastère pour la famille !!!

 

Cela veut tout dire. Divorce impossible et union impensable...

 

La seconde partie de ce livre n’a pas la même densité que celle rencontrée lors de débats théologique-philosophiques. Ce n’est pas une critique et encore moins un reproche. Certes, les mêmes questions portant sur la survie et la pérennité de l’État d’Israël sont omniprésentes mais sont connues du grand public. Mais des rappels de faits, notamment la nouvelle perspective de Nostra Aetate, étagent  nécessaires ; il en va de même pour les prouesses du Mossad ou de le Tsahal.

 

Il ne faut pas perdre de vue les menaces de rétorsion  de la part de l’islam mondial qui ne laissera pas passer cette éventuelle reconnaissance de l’état juif sans réagir. Or, des millions de chrétiens orientaux pouvaient eux aussi, payer cher une telle reconnaissance. Et c’est ce fait qui a tant retardé la résolution de la crise. Le Vatican qui possède les meilleurs diplomates au monde, et aussi les espions les mieux renseignés, a longtemps prétendu que l’on ne peut pas reconnaître un état dont les frontières ne sont toujours pas reconnues par le reste des nations. Et c’est justement le problème : les états arabes soutiennent que le pays d’Israël leur appartient...

 

La nature hybride, pour ainsi dire, du Vatican en tant qu’ autorité morale et religieuse et aussi en tant  que puissance «politique ou diplomatique» a conduit les historiens à se poser la question suivante : est-ce que le Vatican possède vraiment une  centrale d’espionnage, ou  des services secrets ? Il est difficile de trancher la question mais une chose est sûre : le Vatican est toujours très bien renseigné. Cela est dû aux nonces apostoliques postés dans tous les pays et tous les continents... La France républicaine et laïque accorde au nonce l’insigne honneur d’être le doyen du corps diplomatique : sa fonction comporte entre autres choses le, soin de présenter les bons vœux des représentants étrangers au Président de la République, à l’occasion du nouvel  an. Ce n’est pas rien.

 

IL y aussi dans ce livre, la description d’un attentat ourdi par Septembre noir contre la visite de Golda Méir à Rome. Cela se lit comme un roman policier. Un ouvrage qui mérite largement d’être lu  avec  n grand  intérêt .

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