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Hommage à Charles Pasqua

 

 

Hommage à Charles Pasqua

Un grand homme politique français vient de s’éteindre à 88 ans, Charles Pasqua, ancien ministre de l’intérieur, sénateur et président du conseil général des Hauts de Seine. Je sais bien que son nom est entouré d’un parfum de scandales et d’irrégularités, mais je l’ai un peu connu et lui témoigne, même aujourd’hui, ma confiance et mon estime.

Les journaux ne parlent que de sa vie et de sa carrière ; donc, je ne m’y attarderai pas mais j’évoquerai mes souvenirs personnels avec lui.

J’ai eu le privilège de rencontrer Charles Pasqua deux fois, une fois en tête à tête et une autre fois lors d’un déjeuner restreint réunissant six personnes.

C’est un ami préfet corse, nommé par Charles Pasqua lui-même, qui organisa ma rencontre avec celui qui était alors le président du conseil général des Hauts de Seine. Je  devais le voir vers onze heures un vendredi de novembre mais sa secrétaire m’appela la veille pour me proposer de différer l’entretien de quelques heures car Charles Pasqua avait un déjeuner tout de suite après, ce qui le contraindrait à écourter notre rencontre. Il voulait prendre tout son temps.

Je vis le président du conseil général le même jour à partir de 18heures. Il me retint plus d’une heure. Aujourd’hui, je réalise vingt-cinq ans après, que cet homme était un fin connaisseur de la psychologie humaine. Dans l’antichambre de son grand bureau une pléthore d’appariteurs parlant corse me firent patienter. Enfin, la porte s’ouvrit et je me retrouvai devant un homme grand et massif, très affable, qui me dit avec l’accent qui l’a rendu célèbre: Alors Monsieur Hayoun, qu’est ce qu’on pourra bien faire ensemble ?

Je ne fus pas désarçonné par cette brutale entrée en matière et bafouillai que je voulais le rencontrer pour voir si je pouvais prendre un engagement politique. Il m’écouta patiemment et jugea sûrement que je n’étais pas fait pour cet emploi.

La leçon qu’il me prodigua et que je n’oublierai jamais fut presque affectueuse. Au lieu de me dire que j’étais un professeur enfermé dans les quatre coudées de ma petite spécialité, il me dit plus diplomatiquement : Monsieur Hayoun, rencontrez le plus de monde possible.

Comme je lui rappelais probablement le cas de plusieurs hauts fonctionnaires isolés du monde réel, il eut cette phrase sibylline : Oh, ces gens restent enfermés dans leur monde !

Notre seconde rencontre, je la dois à ma position de secrétaire-rapporteur au Consistoire de Paris. C’était un déjeuner dans les locaux de France-Israël. L’atmosphère était très détendue, Pasqua nous a chanté  en corse une chanson de berger qui vantait les yeux de velours de sa bien-aimée que ses forces déclinantes ne lui permettaient plus d’aimer avec la même vigueur. Les convies étaient conquis. Quel esprit chaleureux, quelle générosité ! Certes, l’homme avait sa vie durant évolué dans un monde qui n’était pas celui que connaissent les séminaristes ou les enfants de chœur.

Mais moi je n’ai pas oublié : Monsieur H----n, rencontrez le plus de gens possible.

Combien il avait raison. Qu’il repose en paix.

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