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Le phénomène Macron…

 

Le phénomène Macron…

 

Voilà un cas intéressant, à l’intersection de plusieurs domaines : la politique spectacle, l’inspiration messianique, variante religieuse de l’homme providentiel, la médiatisation, et surtout un ingrédient qui n’a pas son pareil, l’absence de programme, un flou savamment entretenu par un homme qui ne se dit ni de droite ni de gauche, mais d’ailleurs, un ailleurs comme dirait Raymond Barre qui ne se trouve nulle part.

 

Mais comme dans toutes les choses qui n’ont pas de contenu, les faits finissent par se venger. Il y a depuis quelque temps un inquiétant tassement des sondages et un début de remontée de François Fillon qui a dit une phrase qui fait la manchette du Figaro, la victoire ! Depuis l’avalanche de révélations sur ses emplois de membres de sa famille, c’est la première fois que le candidat adoubé par des millions de Français parle de victoire. Il a bénéficié des conseils avisés de son ancien patron et a réenclenché une dynamique qui devrait être prometteuse.

 

Et puis il y a une dynamique qui nous échappe, tant elle est mystérieuse mais qui est agissante, comme si, dans les coulisses, un état des choses tirait les ficelles : Marine Le Pen et Emmanuel Macron se combattent férocement et la lutte ne fait que commencer. Nul doute que François Fillon finira par en être le bénéficiaire. Les deux candidats pourraient se neutraliser. Attendons et voyons.

 

Mais revenons sur le cas Macron qui concentre sur lui un flot de critiques mais qui a tout de même, avec rien, absolument rien, bâti, à lui seul, un nouveau canal de communication avec les Français. Cet afflux des Français vers Macron s’explique par un désarroi : le missile anti-Fillon qui a atteint de plein fouet la campagne des Républicains, a pris tout le monde au dépourvu. Les électeurs, frustrés par la justice de leur candidat, ont mis du temps à reprendre leurs esprits, tant l’assaut avait été furieux et savamment mis au point. François Fillon est un ressuscité, nul autre que lui que lui n’aurait survécu à une telle attaque. Laquelle a donné des ailes à Macron qui vient de commettre sa première faute, lourde de conséquences : l’accusation contre la France de crime contre l’humanité en Algérie. C’est absolument inouï, c’est la première fois qu’un candidat à l’élection présidentielle ose porter contre le pays qu’il veut diriger, une telle accusation.

 

Il est évident que E. Macron fera bientôt face à deux défis de taille ; la présentation d’un programme digne de ce nom et la disparition des effets nocifs de cette accusation sur sa campagne.

La politique est un jeu cruel, imprévisible et surprenant. On ne manquera pas de le constater très prochainement.

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 19 février 2016

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