Sylvain Destephen, La fin de l’Antiquité. 542. , PUF
Sylvain Destephen, La fin de l’Antiquité. 542. , PUF.
En effet, cette problématique n’est pas sans intérêt : à partir de quel moment historique, avons-nous eu conscience d’avoir changé de culture, d’époque ou de temporalité ? En d’autres termes comment avons-nous clôturé l’l’époque antique ou ses excroissances (bas- empire, Moyen Âge  etc...) pour aborder la période médiévale ? Et au milieu de quoi ?
La question vaut pour toutes les époques : par exemple, à quel moment les hommes de la Renaissance ont-ils pris conscience d’avoir changé d’époque, pris conscience de la rupture avec tout ce qui précédait leur temps ? Il faut introduire ici la notion de progrès, de développements des sciences, de vision du monde (Weltanschauung). L’approche du monde et des contemporains changent selon les régimes politiques, la maison royale régnante, les victoires ou les défaites des uns et des autres sur les champs de bataille. Sans oublier les mouvements politiques comme l’éviction de certains empereurs ou l’autopromotion de chefs de guerre qui ont marginalisé les autorités de ce temps là à leur profit.
Ici intervient la notion de romanité ou de post romanité. La fin de la période antique a quelque chose à voir avec la dissipation ou la déposition des derniers empereurs . Les grandes invasions ont eu des conséquences sur le temps que les forces agissantes vivaient et ont aussi infléchi ou pesé sur l’évolution politique. L’empire romain a graduellement perdu de son unité ; il a commencé par se scinder en deux parties de force et de grandeur inégales : l’empire d’Occident a commencé par subir les violents coups de boutoir des Barbares, des Vandales, etc... Il fut le premier à s’effondrer , alors qu’à l’est on vit apparaître un empire dut byzantin qui survécut à sa partie occidentale un certain temps avant de subir le même sort que la partie la plus ancienne. Le christianisme d’Orient n’a fait que bénéficier d’une survie limitée.
Je ne peux pas, dans ce cadre, m’engager plus avant dans l’analyse des consuls qui devaient se partager le pouvoir : le denier consule Rome fut nommé en 531 et le dernier consul de Constantinople en 542.
Le paragraphe sur l’empereur Justinien est intéressant à plus d’un titre. Il inaugure la lente e christianisation de l’empire et nous révèle une nature profondément religieuse, Justinien, qui reconnait que c’est Dieu qui se spitte à l’origine de tout pouvoir : c’est Dieu qui remet le pouvoir à l’empereur à charge pour ce dernier de le distribuer et d’en faire bon usage. On connait la suite...
L’auteur rappelle que la romanité est celle qui a le plus légué de textes juridiques, en comparaison des autres cultures antiques. On peut dire que l’église a largement profité de la christianisation de l’empire.
Mais sur les ruines fumantes de l’empire romain, une institution encore jeune, l’église chrétienne, va adroitement tirer son épingle du jeu. Voyons ce que dit l’auteur de la marginalisation des juifs, voire de leur éviction de la société chrétienne en gestation. L’esprit de l’Inquisition ne tardera pas à se manifester avec force, surtout lorsque les juifs refuseront la conversion. On parle alors de plusieurs synagogues qui se transformeront en éclisses, le tout sous la conduite de Jean d’Ephese qui aspirant à la création d’une église universelle .. . Les juifs ne pourront plus accéder à des emplois sensibles, comme l’armée, la magistrature, etc .. Et toutes ces restrictions sociales et religieuses iront en se renforçant durant la période suivante, celle du Moyen Âge.
Malgré son effondrement spectaculaire, l’empire romain représentait une entité politique et militaire à nulle autre pareille. Aucun de ses voisins ne pouvait lui contester quoi que ce soit. Mais comme toutes les choses de ce bas monde, l’empire universel a connu une fin qui était prévisible. Peut-être lui manqua t il un lien religieux interne et plus fort. Mais le plus grave sera la chute du christianisme d’Orient
Peut on imputer à une seule cause les raisons de la chute de l’empire romain ? Probablement pas, il y a toute une série de chaînes causales qu’on peut examiner pour comprendre ce qui s’est passé. L’auteur analyse doctement tous les événements qui se sont produits en l’an 542 ; il s’arrête longuement sur l’épidémie de peste qui sévissait alors et qui a pesé de tout son poids sur le cours de l’histoire à venir. Il faut donc considérer que cette année 542 a été une année charnière, un début mais aussi un dénouement.
Une dernière remarque s’impose concernant la vision chrétienne du monde et de l’histoire : tributaire de la Bible hébraïque dont il se dit l’héritier exclusif, le christianisme en a repris le modèle historiographique : les malheurs qui s’abattent sur l’humanité sont un châtiment divin. La divinité envoie toutes ces calamités pour punir un peuple dévoyé.
La conscience chrétienne vit mal la distance qui sépare cruellement la cité terrestre de la cité de Dieu... On voit cela principalement chez saint Augustin. On se rapproche le plus possible de l’idéal sans jamais l’atteindre. La cité céleste ne brille pas de toutes ses feux sur terre...