Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

- Page 5

  • Bible et méditation (Aryeh Kaplan, Albin Michel): Comment devient on prophète?

    La méditation de la parole divine conduit-elle à la prophétie?

                    Bible et méditation (Aryeh Kaplan, Albin Michel)

    En dépit de quelques imperfections, dues plus à l’inexacte traduction française de certains termes techniques hébraïques qu’à une quelconque impéritie de l’auteur, ce livre américain, opportunément réédité en français par les éditions Albin Michel, pose une vraie question, celle des rapports entre la Bible et la méditation, une activité qui est l’apanage exclusif de l’espèce humaine.

    Le terme technique qui connote l’idée même de méditation en tant que telle ne me semble pas, dans sa forme propre, faire partie du corpus biblique. Certes, il y a le verbe hébraïque présent dans le livre de Josué (wé-haguita bo yomama wa layla : tu le méditeras ou l’étudieras jour et nuit).

    Nous voulons parler de la hitbodédout. La racine est effectivement biblique et définit même, selon le livre du Deutéronome, le statut spécial et l’essence particulière du peuple d’Israël, un groupe ethnique qui réside seul (donc en solitaire) et qui n’est pas décompté parmi les nations. Il s’agit donc de la racine trilitère BDD qui a donné l’épithète et l’adverbe badad et le verbe à la forme pronominale mitbodéd (s’isoler, s’esseuler). Dans la philosophie médiévale juive, pour traduire le titre arabe d’un traité du philosophe andalou Ibn Badja (l’Avempace des Latins), premier penseur à avoir contesté la philosophie politique d’Aristote à son époque, intitulé Le régime du solitaire, en arabe Tadbir al-mutawahid, et en hébreu Hanhagat ha-mitbodéd, on a eu recours à cette même racine… Et dans ce sens précis on trouve l’idée d’un esseulement, commandé par la nécessité de la méditation. Le traducteur anonyme de ce traité (longtemps, on a cru à tort que Moïse de Narbonne qui en a donné un résumé en était aussi le traducteur) a donc eu recours à cette racine hébraïque plutôt qu’à une autre…

    Lire la suite

  • Les Juifs au miroir des sources chrétiennes anciennes…

    Les Juifs au miroir des sources chrétiennes anciennes…

    Voici un sujet qui retenait mon attention depuis un certain temps et qui vient d’être magistralement traité dans le dernier numéro de l’excellente revue SENS (416, janvier-février 2018 par le Père Dominique Cerbelaud).

    Je me souviens encore des leçons du regretté et très érudit Bernard Blumenkranz qui s’était spécialisé dans les relations entre juifs et chrétiens au temps de la première croisade (1096) mais qui avait, au lendemain de la seconde guerre mondiale, présenté une thèse de doctorat en allemand à l’université de Bâle sur la prédication d’Augustin concernant les Juifs (Augustins Judenpredigt)= «il ne fallait pas tous les tuer afin que leur misérable condition et le sort peu enviable portât témoignage de leur refus du message du Christ…»

    Comme le note l’auteur de cette belle étude parue dans SENS, cette position ne laisse pas d’être paradoxale : d’un côté, elle imputait aux Juifs une faute qu’ils allaient traîner avec eux durant des siècles, de l’ autre, elle préservait un peu la vie de certains d’entre eux…

    Lire la suite

  • Les deux corps du roi par Ernst Kantorowicz, juif de Posnanie (Les Belles Lettres)

     

    Les deux corps du roi par Ernst Kantorowicz, juif de Posnanie (Les Belles Lettres)

    Dans nos pays d’Europe et du monde civilisé, il n’existe pas une seule personne qui n’ait jamais entendu parler, au sujet de l’essence propre à chaque monarque, de cette différence majeure, entre l’aspect normal, banal et ordinaire d’un simple mortel qu’est le roi, et le corps sacré, l’entité charismatique ; elle échappe à nos instruments de mesure et d’appréciation du roi, lequel semble provenir d’une région inaccessible au commun des mortels que nous sommes… D’où cette dissociation entre les deux corps du roi… Il y a là une sacralité dont l’auteur, E. Kantorowicz, a tant parlé dans sa biographie de ce monarque atypique que fut Frédéric II Hohenstaufen.

    Les sociologues, les politologues, les anthropologues ont tous adopté cette différenciation établie par ce petit Juif autodidacte, originaire d’un petit patelin de Posnanie mais qui, à force de travail et de persévérance, a tout de même fini son existence dans la peau d’un éminent professeur de Princeton. Cette judéité se révéla être un véritable boulet. Ce Juif né dans l’aire culturelle germanique à laquelle, comme tant d’autres avant lui mais aussi après lui, a voulu devenir enfin un Allemand comme tous les autres, tout en étant et en restant l’adepte d’une autre religion … Vers la même époque, un autre Juif allemand, son exact contemporain, Gershom Scholem ne commettra pas ce leurre de soi-même et comprendra clairement que la socio-culture germanique n’était pas disposée à accueillir généreusement en son sein les fils et les filles d’une autre «tribu», celle d’Israël.

    Lire la suite