Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Rendez nous Ingrid B. vivante!

     

        Les nouvelles concernant la santé de notre compatriote Ingrid B. deviennent de plus en plus inquiétantes; certains des otages enfin libérés par les FARC la décrivent comme étant gravement malade et laissent redouter une issue fatale. Tant le Président de la République que le Premier Ministre François Fillon ont pris les vraies dimensions de l'affaire: le premier a souligné que porter atteinte à la vie d'Ingrid, revenait à s'en prendre à la France elle-même, et le second a insisté  sur la responsabilité des FARC devant l'Histoire, s'il arrivait quelque chose d'irréparable…

        On s'interroge sur le mal qui s'est abattu sur notre monde depuis que les mouvements de libération, de contestation et de revendication tous azimuts se sont multipliés. Le dernier des révolutionnaires en carton pâte, le plus minable des terroristes kidnappe une personne âgée ou deux, s'en prend à  des touristes occidentaux en vacances dans son pays, et le tour est joué: les télévisions du monde entier braquent leurs caméras sur des gens ou un pays ou une cause liliputienne que personne ne connaissait… Que faire?

        En fait, nous sommes pris dans un véritable combat pour la culture, celle de la dignité humaine: comment se dire mouvement de libération, lutter contre la tyrannie et, par là même, priver des innocents de liberté, de l'affections des keurs et compromettre  des années durant leur santé et leur équilibre?

        Si, par malheur, Ingrid ne nous était pas rendue, les FARC et leur chef en seront tenus pour responsables, non seulement devant l'Histoire mais aussi devant un tribunal pénal international. 

  • Un nom qui ne sera jamais rayé… A propos de la proposition du président

     

     

            Un nom qui ne sera jamais rayé…

    Le discours du Président Nicolas Sarkozy lors du dîner du CRIJF permet d’apporter des éclaircissements sur des sujets importants déjà traités mais âprement discutés, notamment à Rome et à Ryad, tout en  en abordant d’autres qui sont d’actualité. Les premières lignes de ce discours font une brève référence à la naissance de ce Conseil représentatif dans la clandestinité en 1943, au moment où les satrapes du IIIe Reich  savaient déjà qu’ils allaient perdre la guerre mais où notre pays sombrait dans l’abîme de la défaite et de l’occupation. On lit aussi une fine observation sur l’essence du judaïsme, en tant que religion et culture ; pour le président, c’est la mémoire, c’est-à-dire une histoire intériorisée et vécue, qui a préservé l’héritage des juifs à travers les âges, une mémoire, celle de la promesse d’un avenir. Le Président souligne pertinemment bien ici que l’homme n’est pas le seul à se souvenir, Dieu aussi, pour ainsi dire, se souvient.
    En reliant l’homme à ce passé porteur d’une promesse et riche d’une vision de l’avenir, le judaïsme, qui fit l’apostolat du monothéisme à l’humanité, a apporté une contribution décisive à la civilisation universelle. Nicolas Sarkozy revient aussi sur son droit de parler, en tant que président de la République, de Dieu, de religion et de spiritualité. C’est une Europe éloignée de ses idéaux, oublieuse de ses engagements et infidèle à ses promesses qui laissa la barbarie nazie s’abattre sur les juifs, y compris en France, du temps du régime de Vichy. Le président n’hésite pas à dire verbatim : c’est un fait que la République d’alors vous a trahis.
    Et pourtant, les juifs ont toujours marqué leur attachement aux valeurs de la République et aux promesses de la citoyenneté. Même rejetés, ostracisés, ils surent préserver leur foi républicaine qui leur fit espérer des jours meilleurs. L’espoir, on notera que le président y revient dans tous ses discours importants. Mais cette notion lui permet de faire des mises au point bienvenues, tant sur sa propre conception de Dieu que sur les notions d’éthique de nature laïque ou d’essence religieuse. 
    Est-il obscène de parler de Dieu, d’évoquer son nom, qu’on y croie ou que l’on n’y croie pas ? Est-il interdit à un chef d’Etat français de se préoccuper de morale, de spiritualité, des grandes questions de l’existence (la vie, la mort, la justice, la souffrance, l’espoir etc…) au motif qu’une telle évocation serait incompatible avec l’adhésion à une laïcité stricte et absolument immuable ? Après tout, même un livre comme celui de Job traite du sens de la souffrance et possède une portée universelle tout en étant inséré dans un corpus religieux. Certes, tant de crimes furent commis au nom de Dieu par des natures dévoyées, mais sa négation en entraîna tout autant, sinon plus. Nicolas Sarkozy est fondé à dire que pas un verset tiré des documents révélés des trois religions monothéistes ne peut, si on ne le détourne pas son vrai sens, militer en faveur de massacres et d’extermination.
    Comme certains avaient reproché au chef de l’Etat de marquer une préférence pour une morale religieuse par rapport à une morale laïque, il répond que les deux sont complémentaires et ajoute que l’occasion devrait être offerte aux jeunes, lors de leur formation générale, d’être initiés à ces questions qui touchent à l’absolu. Ce qu’ils feront, par la suite, de cette initiation ne regardera qu’eux.
    Avec la franchise qui le caractérise, le chef de l’Etat a longuement traité de la paix au Proche Orient et exprimé clairement son amitié pour l’Etat d’Israël auquel il a prodigué des conseils pour parvenir à une paix juste et durable.  Se félicitant des progrès réalisés depuis les conférences d’Annapolis et de Paris entre Israéliens et Palestiniens, Nicolas Sarkozy qualifie d’insensés les récents propos du président iranien et adresse à ce pays une mise en garde à peine voilée : la recherche en matière nucléaire à des fins militaires ne restera pas sans réponse et trouvera face à elle  une résistance sérieuse. En revanche, l’accès au nucléaire civil ne devrait pas être interdit ni mêm rendu difficile aux pays émergents ou en voie de développement au motif qu’ils ne sont pas des… occidentaux ! Nicolas Sarkozy était conscient des vives critiques suscitées par sa volonté d’offrir aux pays d’Afrique du Nord un accès au nucléaire civil. Selon lui, il s’agit là d’une énergie du futur et donc d’une clé de l’avenir.
    Mais l’annonce la plus prégnante, et aussi la plus généreuse, se trouve dans la toute dernière partie du discours présidentiel : revenant sur la mémoire, il souligne que celle de la Shoah joue un rôle capital dans la définition de l’essence du judaïsme actuel et du juif contemporain. Il propose donc que chaque écolier français de la classe du cours moyen deuxième année, juste avant le passage au collège, veille à immortaliser le souvenir de l’un des onze mille enfants juifs de France disparus pendant la Shoah. Cette mesure est très bonne, même si elle bute sur l’opposition de quelques uns qui, sans en contester le bien fondé, doutent de son efficacité et de la possibilité pour des enfants de dix ans, d’assumer une telle charge morale. Cette question fait l’objet d’un volume poignant paru chez Robert Laffont sous le titre, L’enfant et le génocide.
    Nous laissons à de véritables experts le soin de se prononcer, même si la mesure nous paraît s’inspirer d’un très haut exemple, celui du prophète Isaïe qui, au VIIIe siècle avant l’ère chrétienne, répondait à une brûlante question d’actualité de l’époque : les eunuques, incapables de se donner une descendance et donc de se survivre à eux-mêmes, pouvaient-ils être admis dans l’assemblée du Seigneur ? La réponse est claire : aux eunuques… je donnerai dans ma maison et dans mes surs  un monument et un nom (yad wa-shém) qui valent mieux que des fils ou des filles ; je leur donnerai un nom perpétuel qui ne sera pas rayé (56 ;6).

                     PS: Sous la pression de certains, N. Sarkozy s'est vu contraint de renoncer à sa proposition… C'est inétressant car on comprend mieux sa méthode un peu brusque. Si on laisse faire l'administration et les grands organismes centraux, on ne changera jamais rien, car de telles structures sont naturellement rétives au changement. Et c'est bien dommage, car une telle initiative, mal comprise dès le début, eût pu changer les comportements.

  • Mazel Tov, Mister Poullaouec, de Corinne ROCHE

     

        Corinne ROCHE,  Mazel Tov, Mister Poullaouec, Editions Héloïse d'Ormesson, Paris, 2008

        Evoquer des problèmes identitaires graves et compliqués sur un ton badin, voire enjoué, c’est exactement ce que fait Corinne Roche, romancière, qui a vécu quelque temps en Israël et qui a su rendre, en des termes à la fois simples et profonds, les vicissitudes du nouvel Etat juif et de ses citoyens, sans omettre les difficultés existentielles des Israéliens.
    Pour parvenir à ses fins, l’auteur imagine les tribulations d’un jeune breton, son frère, qui vit plus ou moins à ses crochets, mène une vie ou plutôt se laisse entraîner par le courant, lequel finit par le mener, de manière inattendue, en Israël dans un kibboutz où on veut bien de lui… Dans la foulée, il s’invente un grand père juif et prétend vouloir, dans ce lieu, recoller les morceaux de son identité juive éclatée. Cela tombe bien, ce pays sert justement à cela ; et personne ne s’étonne que ce Benjamin Pellaouec, breton bretonnant, n’ait aucune notion de judaïsme, ignore tout des interdits alimentaires et de l’histoire juive en général. Après tout, se dit-on, c’est le cas de millions de juifs russes qui durent renoncer à leur vie juive durant des décennies de communisme déculturant. Et comme l’hébreu est une langue consonantique et que les consonnes se lisent différemment si on le revocalise, notre breton devient presque naturellement Benny Pollak !!
    Que l’on ne s’y trompe pas : derrière les tribulations de ce breton écervelé en Terre sainte se cachent des questions d’un candide qui ne l’est pas vraiment : qu’est-ce que l’identité juive ? Pourquoi est-elle toujours éclatée ? Qu’est-ce qui unit tant de juifs, venus d’horizons si différents ? Et, en filigrane, quelle est l’essence du judaïsme puisque quiconque, pouvant se prévaloir d’origines juives lointaines, même hypothétiques, peut bénéficier de la loi du retour ?
    En parlant de la vie quotidienne des israéliens, en présentant les interdits alimentaires, la solennité et le repos du chabbat, les drames quotidiens du terrorisme et de l’armée qui doit défendre le pays, les petits problèmes quotidiens des habitants de cette terre, pas plus grande que deux départements français, l’auteur administre aux ennemis d’Israël une belle leçon de choses…
    j’ai bien aimé ce livre, si finement écrit. On y découvre une tendresse qui a la pudeur de ne pas se déployer trop ouvertement, ce qui signe l’origine féminine de son auteur. Et je ne puis résister à la tentation de souligner ce délicieux lapsus de la page 125 : le réveillon du séder…Ce pourrait presque être le credo, le slogan ou le mot d’ordre d’un juudéo-christianisme enjambant deux bons millénaires de contestations si sanglantes entre juifs et chrétiens.
      Après tout, la cène s’est bien passée sur cette terre. Et avant de s’appeler ainsi, elle s’appelait séder…

                                Maurice-Ruben Hayoun
                                (mrhayoun.blog.tdg.ch/)