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  • Le jour de la Shoah en Israël

    Dès hier soir, on a ressenti les effets de l’événement: aucun restaurant, aucune épicerie, aucun supermarché ouvert. Nous nous retrouvons à Natannya et à Tel Aviv dans des villes mortes, des villes fantômes. En hébreu, 'ir refaim...

    Nous avons trouvé refuge dans le resturant japonias du Hilton. Après tous ces délicieux sushis, on fait un tour en voiture dans un Tel Aviv désert, noir, éteint, sans aucune animation. De retour à Netanya, même spectacle:; rien d'ouvert, pas le Burger ni le Mac Do du coin.

    Ce matin, à 10 heures, heure locale, une sirène retentit dans le pays tout entier. Du haut de l'immeuble, je scrute la plage à la jumelle. Et que vois je? Même les balayeurs fallashas qui nettoient si bien la plage, sont immobiles, au garde à vous.

    La Shoah, véritable événement ftfondateur non point de l'Etat d'Israël mais de l'identité juive contemporaine.

  • A Jérusalem, d'une religion à l'autre

    A Jérusalem : d'un culte à l'autre

    L’avion d’El  Al venait de toucher le sol avec près d’un quart d’heure d’avance, à la grande joie des passagers mais surtout du pilote. A la sortie, un parfum d’orangers embaumait l’air  qui était encore très doux et caressait nos visages dans la voiture aux vitres largement ouvertes. Nous décidons, en raison de l’heure tardive, de passer par Herzliyya, la banlieue chic de Tel Aviv afin d’y dîner. Nous trouvons une belle table dans un restaurant branché qui était littéralement bondé : c’est que tout Israël célèbre la fête de Pâque qui dure sept jours, séparés par une petite interruption. On est mardi soir et la fête, proprement dite, ne reprend que le jeudi soir, alors les gens sortent en famille. L’ambiance est bonne et je suis assez satisfait.

    Au Néguev pour le sabbat

    A moins de dix km à vol d’oiseau de Gaza, la cité palestinienne qui conteste l’autorité palestinienne et vit sous la tutelle du Hama, se trouve un village agricole, un mochav nommé Talmé Eliyahou. Nous y passons fréquemment le week end car une sœur y vit depuis près de cinquante ans. La route qui y mène est bonne et nous nous trouvons alors en plein Néguev. C’est un petit monde, un microcosme qui vit en soi et pour soi, pour parler comme Kant. J’y admire la petite synagogue avec les sermons du rabbin local qui me rappellent, la profondeur philosophique en moins, ce que Franz Rosenzweig (1886-1929) découvrait, pour sa plus grande joie, dans la synagogue de Francfort sur le Main, en écoutant les propos si inspirés du rabbin Anton Néhémiah Nobel… On a l’impression d’être coupé du reste du monde, loin de tout, Tel Aviv est à près de 100km, la ville d’importance la plus proche n’est autre que Ashkélon, ou Béer Shéva, l’antique cité où le patriarche Abraham s’était établi.

    Le sabbat dans ce mochav correspondant vraiment à sa symbolique dans la mystique : une projection dans l’éternité, une sorte d’anticipation de la Rédemption cosmique…  Le temps est suspendu à la vie du sabbat. Un peu le paradis sur terre. On a l’impression d’être ailleurs. Un dépaysement quasi métaphysique. Le Talmud l’exprime à sa façon : du sabbat se dégage un parfum du monde futur
    Et fait exceptionnel, c’était la fin de la fête de Pessah qui s’enclenchait avec le début du sabbat. En clair, on continue de consommer du pain azyme car on n’a pas le temps, matériellement, de disposer autrement et, de ranger la vaisselle de Pessah pour apporter celle des jours normaux…

    Les intempéries et le voyage à Jérusalem

    J’ignore les explications de la météorologie nationale, mais les intempéries sévissent en Israël en ce  mois d’avril 2015. Il fait froid, il pleut, le ciel est couvert alors que la semaine dernière, il faisait, me dit on, près de 35° à Tel Aviv et à Natanya. Arrivé à Jérusalem sous une pluie battante, chose éminemment inhabituelle en cette saison, nous nous dirigeons immédiatement vers l’église du Saint Sépulcre, avant même d’aller vers le mur occidental du Temple, communément appelé Mur des Lamentations. Nous découvrons sur le parvis une foule immense et il fallut se frayer un chemin vers l’intérieur du bâtiment. Nous sommes dimanche, jour ouvrable en Israël, la semaine pascale vient de s’achever, la fête de Pessah a pris fin hier et les pèlerins orthodoxes sont très nombreux.

    Mais une attention est attirée par des femmes accroupies sur une pierre en dessous de laquelle coule une eau claire. Les femmes et leurs enfants trempent des étoffes ou des mouchoirs dans cette eau translucide et s’en tamponnent le visage avec une étonnante ferveur. Danielle me rappelle que cette pierre, objet de toutes les dévotions, est celle sur laquelle eut lieu la toilette mortuaire de Jésus avant la mise au tombeau. Je contemple alors les visages qui m’entourent, tous les présents sont de religion orthodoxe et les popes ainsi que les religieuses orthodoxes, tous de noir vêtus, présentent des visages empreints de gravité. Mais quelle ferveur religieuse ! En quelques minutes, j’ai appris sur le christianisme et sur les différents cultes de cette grande religion bien plus de choses que je n’en avais glanées dans tous les livres lus sur la question. Et Dieu sait que j’en ai lu quelques uns. Alors que la messe  à l’intérieur de l’église du Saint Sépulcre touche à sa fin, j’entends soudain une clameur en langue grecque : Le Christ est ressuscité ! répété à maintes reprises. Je n’avais encore jamais vécu cela. Soudain, les popes se frayent un chemin pour permettre à la procession de fendre les rangs des pèlerins ; ils forment un cercle autour du plus vieux d’entre eux, un vieillard à la barbe blanche et dont le regard renvoie un tel éclat de ferveur…

    Je pense alors à la tradition philosophique de l’idéalisme allemand qui réduisait le sentiment religieux à une simple étape de l’intellect humain sur la voie de l’élucidation du monde et de la destination de l’homme. Ce vieux pope n’en croirait pas un seul mot. Plongé dans mes réflexions, je découvre un magnifique visage de femme, à la chevelure d’une blondeur de blé, avec de magnifiques yeux bleus, entourée de popes vêtus de leur surplis noir.. J’ai l’impression d’être devant une œuvre d’un peintre du XVIIIe siècle : mais que vient faire cette superbe femme au visage si beau parmi ces popes à la mine grave et songeuse ? Je pense alors au statut que les religions monothéistes imposent aux femmes, incarnation de la tentation et du désir.. Mais voila cette femme, en ce moment précis, oublie sa beauté sensuelle et vient chercher ici même, en cette église si importante pour le christianisme, un peu de sacré et un peu d’éternité. Les femmes sont elles aussi capables de grande ferveur, toutes les religieuses orthodoxes autour de nous le prouvent.

    Une autre femme me bouscule soudain, j’ai tout juste le temps de me retourner qu’elle s’est déjà précipitée pour baiser la main du vénérable pope qui est littéralement pris d’assaut par les fidèles. On s’incline devant lui, on pose respectueusement la main sur son couvre-chef, mais lui-même reste impassible. De marbre.

    La procession a rejoint le parvis, l’église se vide, les fidèles sont dehors malgré une pluie battante : la foi transcende les caprices de la météorologie : que sont quelques gouttes de pluie en comparaison de cette jonction avec le sacré et l’éternité ?

    Nous nous dirigeons vers les échoppes de ce quartier chrétien de la vieille où tout le monde parle russe ou grec. Un pope sans âge dévore à belles dents un sandwich dans un coin, à l’abri de la pluie. Laura B. qui est chrétienne s’arrête devant une échoppe  intitule Native bazar. Son propriétaire nous parle en français, je lui réponds en arabe. Il a fait ses études chez les Pères ! Je trouve qu’on ne rend pas assez hommage à ces Frères blancs qui ont porté la civilisation et la langue française (sans omettre leur propre religion, tout de même) aux quatre coins du monde. L. lui achète quelques babioles, il me présente son petit-fils en arabe. Et dans le magasin voisin, il me présente son père, un homme au corps massif assis sur une sorte de fauteuil, au milieu du magasin. . Mais durant tout ce temps, la pluie ne s’est pas arrêtée, nous trouvons refuge sous les stores du magasin voisin, celui d’un Palestinien qui nous dit d’entrer pour nous abriter. Tout à coup, la grêle se met à tomber et voici que l’homme monte sur une chaise, enlève sa casquette et hurle en arabe sa gratitude au Dieu du ciel qui nous envoie son eau bienfaisante et dispensatrice de vie. Durant quelques secondes, je me demande : où je suis ? Suis-je vraiment dans la ville où notre Dieu nous a installés depuis des millénaires ? Suis-je dans la cité du roi David, conquise sur les Jébuséens d’après le livre de Samuel, il y a plus de trois mille ans ? Mais où suis-je donc ?

    Nous entrons dans le café voisin pour boire un café turc. C.L. refuse de nous accompagner et L se joint à elle. Da entre avec moi dans cette minuscule pièce où des touristes du monde entier commandent toutes sortes de chawarma. Une sorte de Mac Do du coin. Mais pas de viande de porc, au moins un point commun entre les Juifs et les Arabes…

    Plongé dans mes pensées, je mets le cap sur le Mur des Lamentations, non loin d’ici. Nous passons les contrôles et je me dirige vers la partie où se trouvent les hommes en prières tandis que mes accompagnatrices vont dans la partie réservée aux dames.

    J’éprouve un étrange sentiment car ce que j’ai vécu deux heures plu tôt dans le temple de l’orthodoxie grecque et russe m’a imprégné. J’ai vraiment été ébloui par cette ferveur religieuse d’une communauté autre que la mienne. Il est encore temps de réciter la prière de l’après-midi, celle qui correspondait au sacrifice avant le crépuscule, du temps où le temple était encore debout. Je la connais par cœur et il pleut, donc pas le moindre livre de prière à portée de main. Pendant que je priais, deux hommes d’âge moyen, kippa sur la tête, viennent d’arriver. Ils sont juifs mais ont le même type humain que les Russes de l’église du Saint Sépulcre. Ils ont vraiment des têtes de moujik, un type humain comparable, mais sur le mode masculin, à la beauté de la belle femme russe de tout à l’heure.

    L’un des deux pose avec respect la main sur une pierre du mur. Ensuite, il s’en rapproche et pose ses lèvres sur la même pierre. Son voisin va plus loin, il glisse un billet entre les pierres, comme tous les pèlerins. Et moi, je m’aperçois soudain que je n’ai même pas posé la main sur le mur… Ai-je à ce point, spiritualisé mon sentiment religieux, alors que mes voisins et coreligionnaires l’ont conservé intact ?

    En allant rejoindre ma famille, une comparaison s’impose à moi : cette vénération de la pierre là-bas et ici : la pierre sur laquelle le Christ a reçu la toilette funéraire avant la mise au tombeau, d’une part, et cet immense mur, dernier vestige du temple du peuple juif ? Deux pierres mais une seule vénération. Deux pierres, comme si elles étaient les conservatrices de la mémoire d’événement inoubliés et inoubliables pour les deux croyances, issues d’un même giron mais devenues ennemis irréconciliables au fil des siècles.

    Comment finir ? Comment faire une synthèse ? Comment se résumer ? Les références se bousculent dans mon esprit : dois je citer un passage de ma tradition religieuse qui met en garde les hommes si les pierres, témoins muettes de leurs innombrables méfaits, se mettaient à témoigner contre eux ? Dois je citer le beau vers du poètes (objets inanimés, avez  vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?) Ou bien le vers d’un contemporain du précédent, mais plus sombres, Charles Baudelaire : Le cœur des villes change plus vite que le cœur des hommes…

    Non, au fond, devant ces insurmontables différences entre les cultes que je viens de vivre, je préfère deux citations,, celle du vieux prophète hébreu qui parle de substituer à notre cœur de pierre un cœur de chair, et surtout Franz Rosenzweig, le représentant d’une théologie philosophante, qui disait dans son Nouveau Penser que la Vérité est entre les mains de Dieu.

    Et de lui seul.



     

  • La Mimouna en Israël

     

    La mimouna en Israël

    Nul ne sait vraiment avec exactitude d’où vient ce terme et cette fête, si courue au Maroc, à la fin de Pessah où les gens se précipitent sur de la farine et surtout sur des grains de semoule ou de couscous, du petit lait, des dattes et des fruits. C’est une vieille tradition, une manière bien judéo-orientale de saluer le départ d’une belle fête familiale. Chose curieuse : nos frères ashkénazes n’ont jamais eu vent de cette célébration. Or, comme chacun sait, le peuple juif est resté uni à travers les siècles et sa liturgie a transcendé autant les distances spatiales que temporelles.

    Un certain nombre de folkloristes ont proposé des explications qui ne résistent pas à la critique ni même à l’examen. Pour part, je suppose que c’est une séquelle d’un syncrétisme pagano-arabe que les Juifs du cru ont adapté à leur environnement car la saison s’y prêtait. La nature revit, les beaux jours reviennent, la lumière dure plus longtemps, bref on oublie les rigueurs hivernales, même dans des pays chauds.

    Et à propos d’intempéries, je regrette même d’être ici, tant le froid est terrible pour un mois d’avril, les pluies tombent en abondance, même dans Néguev oj j’ai passé le sabbat.

    Mais revenons à la mimouna. Hier soir, les mamans, dont c’est la tradition, ont fébrilement préparé leur couscous au beurre ; moi, je dois avouer que ce n’est pas ma tasse de thé et j’apprécie modérément ce plat, qu’il soit au beurre ou au contraire avec de la viande.

    En revanche, ce qui m’intéresse au plan philosophique c’est l’attachement aux traditions, même simplement culinaires car elle sont aussi fondatrices d’identité. Quand j’étais jeune, je me souviens de certains amis d’origine ashkénaze pour lesquels le dîner du vendredi soir chez l’une des deux deux grands-mères (gefillte Fisch etc…) était l’unique lien résiduel rattachant au judaïsme. Et pour les Tunisiens, c’était le couscous ou un autre plat encore plus indigeste.

    Est-ce que l’art culinaire, même dénuée de finesse et de qualité, peut conserver de êtres humains dans une tradition ? C’est indéniable. C’est peut-être une défaite pour l’intellect mais une victoire pour la tradition qui s’adresse à l’homme dans son intégralité.

    Et après tout si vous demandez à nos frères chrétiens ce que sont les Pâques pour eux, les plus jeunes répondront les œufs de Pâques…