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Vu de la place Victor-Hugo - Page 790

  • Pitié, grâce pour le président Hosni Moubarak

     

     

    Pitié, grâce pour le président Hosni Moubarak

     

    Oui, il faut user de grâce et de mansuétude envers le vieux Raïs déchu qui ne saurait être tenu responsable, exclusivement, de la manière dont les troubles de février dernier ont été réprimés en Egypte. Certes, comme tous les potentats orientaux, il a exercé le pouvoir avec une forte dose d’autoritarisme et n’a pas vraiment respecté le libre choix des Egyptiens. Mais que l’on nous cite, de grâce, un seul pays de cette nature, ayant respecté peu ou prou les règles démocratiques… Le vieux Raïs a accordé à son pays une grande stabilité politique, lui a redonné un regain d’honorabilité sur la scène internationale, optant pour un rapprochement déterminé avec l’Occident.

     

    On ne peut pas effacer d’un seul trait de plume les centaines de manifestants (un peu moins de 900), morts dans les rues sous les balles des forces de l’ordre. Mais comment fallait-il réagir, sous un tel régime, devant la montée en puissance des manifestations qui menaçaient de tout emporter ? C’est vrai, ce fut un drame, mais est-il glorieux de laisser mourir dans une cellule un homme qui a tout de même mis toute son énergie pour la défense de son pays ?

     

    Aujourd’hui, les clameurs qui réclament son exécution confondent justice et vengeance. Mais je le répète, je comprends fort bien la peine de ceux dont les pères, les frères, les sœurs et les fils sont tombés sous les balles des forces de l’ordre. Il ne faudrait pas que cette révolution égyptienne eût, elle aussi, du sang sur les mains. Nul ne comprendrait qu’on laissât mourir dans une cellule exiguë et surchauffée (il est incarcéré au sud du Caire où la chaleur est étouffante en cette saison) un vieillard malade, affecté par une double détresse cardiaque et respiratoire. J’ai entendu dire qu’il refusait de s’alimenter et que ses médecins l’avaient réanimé à deux reprises, suite à un arrêt cardiaque. Il est en proie à une grave dépression et accuse ses anciens collaborateurs, les généraux, de vouloir le tuer…

     

    Sa famille demande qu’on l’admette dans un hôpital afin qu’il reçoive les soins nécessaires mais les généraux hésitent, craignant qu’une telle mesure humanitaire ne provoque de graves émeutes qu’il faudrait ensuite réprimer, ce qui accroitrait le nombre de morts et relancerait le cycle infernal.…

     

    Suprême supplice pour cet homme, véritable pharaon d’Egypte durant plusieurs décennies, et qui se retrouve, aujourd’hui, seul, emprisonné, abandonné de tous alors qu’il fut à l’origine de la promotion de tous ces hauts gradés de l’armée, seule maîtresse du pays.

     

    Il faut gracier cet homme qui, en tout état de cause, aura une fin amère, de chef d’Etat aux pouvoirs absolus le voici devenu un objet odieux pour tout son peuple.

     

    Par delà ce cas individuel, l’armée risque d’avoir encore des jours très difficiles devant elle. Favorisera-t-elle le dernier premier ministre du Raïs déchu, Ahmed Chafiq ? Ou tolérera-t-elle la victoire de M. Morsi, dont l’élection plongerait tout le pays dans le chaos ?

     

    Nous souhaitons beaucoup de courage aux membres du Conseil suprême des forces armées.

  • Les leçons d’un scrutin.

    Les leçons d’un scrutin.

    La gauche l’a incontestablement emporté. Les deux concepteurs ou inventeurs de cette victoire presque éclatante sont assurément le président de la république et son premier ministre. Il suffit de comparer leur style à celui du président défait pour s’en convaincre : pas de tintamarre médiatique, pas d’envahissement des écrans de télévision, pas de narcissisme étouffant les autres, mais, au contraire, un silence assourdissant, mais bien pensé et contrôlé de la part du nouveau couple de l’exécutif, autant de qualités qui ont cruellement fait défaut à l’ancien locataire de l’Elysée qui n’écoutait que lui-même, n’en faisait qu’à sa tête et était, comme l’aurait dit le regretté Raymonde Barre, «frappé d’incontinence médiatique». Au vu des résultats déjà connus, et qui seront amplifiés par le second tour, bipolarisation oblige, l’ancien président aura tout le temps qu’il faut pour méditer sur les causes de son échec.

     

    Au plan général, le PS s’en sort très bien puisqu’il aura certainement la majorité à lui seul, ou à quelques unités près, se dégageant ainsi de l’emprise étouffante du front de gauche qui menaçait de lui forcer la main et réduisant au strict minimum les ambitions des verts et de leur tête de file qui réclamait rien moins que la légalisation du cannabis, une mesure que la prudence empêchera le président de la République de prendre… François Hollande a eu tout le temps de méditer sur l’essence politique profonde de la France : il sait que ceux là mêmes qui l’adulent aujourd’hui furent, il y a deux ans ou moins, de chauds partisans de son adversaire. Les Français sont assez imprévisibles et le président a sûrement entendu parler de la loi des deux ans…

     

    En conclusion, le gouvernement actuel avec à sa tête le premier ministre Jean-Marc Ayrault, pourra appliquer sa politique, sans crainte ni opposition véritable, et surtout sans risque de zizanie dans son propre camp. Ce qui nous conduit à voir les résultats plus en détail et sur un plan individuel.

     

    Passons en revue le sort de quelques têtes d’affiche : le premier à mordre la poussière et avoir tout perdu n’est autre que Jean-Luc Mélenchon. Grisé par ses fugaces faveurs médiatiques, ayant perdu la tête depuis ses rassemblements apparemment gigantesques à la Bastille et à Toulouse, il est sévèrement distancé par son ennemie jurée Marine Le Pen et a dû presque piteusement reconnaître sa défaite sur un ton pathétique. Même le parti communiste auquel il a servi de bouée de sauvetage va revoir son attitude à son égard. M. Mélenchon a eu tort d’adopter son ton offensif et arrogant, cette brutalité envers les journalistes et tous se adversaires. Et surtout, il a cru que le PS le laisserait constituer une menace pour sa majorité parlementaire.

     

    En fait, toute la subtilité de l’analyse politique de François Hollande a consisté à ne pas heurter frontalement des alliés encombrants tout en contrôlant leur montée en puissance.

     

    Marine Le Pen a incontestablement marqué des points, et en tout premier lieu, contre son adversaire à Hénin-Beaumont. Sera-t-elle élue ? Ce n’est pas à exclure, surtout si certains à l’UMP venaient à traverser le Rubicon ou le Jourdain…

     

    Deux autres cas, fort dissemblables mais assez intéressants, se présentent à nous, François Bayrou et Ségolène Royal. Le premier va probablement disparaître de la vie politique nationale, dès la semaine prochaine. C’est un peu regrettable mais c’était prévisible, l’homme a désarçonné ses amis et ses partisans en votant pour François Hollande. Certes, il a fait preuve de sagesse et de prévoyance politiques, mais cela n’a pas été compris par ses électeurs qui lui en font payer le prix aujourd’hui. Il y a chez François Bayrou qui est un homme intelligent une sorte de vision mystique, d’élan de l’âme, qui peuvent se révéler catastrophique dans la vie politique. En politique, il n y a pas de place pour un Maître Eckhard ni un François d’Assise…

     

    Reste le cas de Ségolène Royal qui est vraiment menacée à La Rochelle. Voici une femme politique qui a fait ses preuves contre l’ancien chef de l’Etat, qui avait envoyé au tapas des poids lourds comme DSK et Laurent Fabius, mais qui est menacée, de l’intérieur, par une candidature dissidente. Aurai –je la cruauté d’insinuer que certains aux PS ne seraient pas marris qu’on lui fît une mauvaise manière, ce qui libérerait la présidence de l’assemblée nationale ? Ce serait effectivement triste de voir cette femme dynamique et encore jeune ne pas intégrer l’assemblée nationale. Gageons que le père de ses enfants saura se saisir de son téléphone et trouver les bons arguments pour convaincre un «camarade» récalcitrant…

     

    Au terme de cet article, je m’interroge sur ce que la politique peut apporter à la philosophie et ce que cette dernière peut vraiment en attendre. Les élections gagnées, cela tient à si peu de choses. La politique est l’art de l’instantané, du fugace, la philosophie est lancée depuis des temps immémoriaux dans la recherche du vrai. Mais quelles sont les relations entre la politique et la vérité ? La première des conditions est de tenir ses promesses, et la seconde de dire la vérité sur l’état du pays.

     

    Gageons que François Hollande et Jean-Marc Ayrault voudront le faire. En tout état de cause, nous l’espérons pour la France et pour l’Europe.

  • Les Français, saturés de politique…

    Les Français, saturés de politique…

     

    C’est un fait absolument indiscutable : il y a en France une cascade d’élections, au point que l’on envisage de réunir en une seule journée plusieurs types de vote (législatives, municipales et présidentielles). Il faut dire aussi que les institutions de la Ve république ont fait de l’élection présidentielle la clef de voûte des institutions, rendant secondaires toutes les autres consultations électorales.

     

    C’est la seule façon d’expliquer le caractère atone des élections législatives qui débutent ce dimanche. Résumons la situation : il y eut les primaires socialistes qui sont loin d’avoir été un échec. Ensuite, il y eut l’élection présidentielle proprement dite avec une campagne fracassante au point que les Français n’attendaient plus qu’une chose : c’est que tout cela s’arrête… Et voici que moins de trois semaines après cette élection majeure, on redemande aux Français de se mobiliser et d’aller voter…

     

    Or, une telle proximité temporelle ne peut que favoriser le parti qui a emporté la présidentielle : en d’autres termes, ce qui va se passer ne peut qu’être une confirmation du premier vote. Comment les Français pourraient-ils se déjuger en moins de trois semaines ? Viendraient ils à désavouer un président qu’ils viennent d’élire, en envoyant à l’assemblée une majorité qui le gênerait dans ses choix ? C’est peu probable…

     

    On s’étonnera après cela de voir s’accentuer la dépréciation du parlement dont le rôle devient vraiment secondaire puisque seule compte l’élection présidentielle. En fait, il faudrait instiller une certaine dose de proportionnelle afin de donner des couleurs au parlement. Si l’assemblée reflète réellement les forces en présence au sein de la société, le parlement est mieux à même de contrôler le gouvernement alors que la bipolarisation escamoté cette mission.

     

    Si le général de Gaulle a donné à la France un tel régime par la constitution de 1958, c’était pour mettre fin à l’instabilité gouvernementale. Après tant d’années, plus d’un demi siècle, il n’est pas exclu de revoir certains articles de la Constitution dans un esprit plus parlementariste. Mais retomber dans les excès de jadis : les Français doivent faire preuve de maturité politique.