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Vu de la place Victor-Hugo - Page 792

  • Comment peut-on vendre une église ?

    Comment peut-on vendre une église ?

     

    Et pourtant, cette triste solution est souvent celle à laquelle doivent se résoudre maintes associations diocésaines lorsque les communautés villageoises, notamment rurales, se révèlent incapables d’entretenir les biens sacrés de la communauté chrétienne. Certes, aucun lieu sacré, une église en l’occurrence, ne peut être vendu sans l’autorisation de l’évêque local. Mais ce phénomène prend de l’ampleur ces derniers temps. Bien que n’entrant dans une église que pour écouter un concert de musique ou pour en admirer l’art architectural (comme je le fis à Bologne, par exemple, il y a quelques semaines), je trouve triste que l’Eglise soit amenée à se défaire de certains de ses édifices sacrés.

     

    Et puisque je parle de sacralité, je dois dire un mot de la façon dont un édifice devient un lieu de culte, en d‘autres termes, comment un lieu devient saint ou sacré. Comment s’effectue la dévolution de la sainteté, de la sacralité à un lieu ?

     

    J’avoue ne pas connaître dans les détails l’état de la question au sein de l’église catholique, n’était pas au fait du droit canon. Je sais, en revanche, que lorsqu’une église est cédée à une destination laïque ou profane, les acquéreurs s’engagent à en respecter au moins l’architecture et à ne pas pratiquer dans ce même lieu des activités déshonorantes ou dégradantes.

     

    Dans le judaïsme talmudique, c’est encore plus précis. Tout d’abord, eu égard au style dépouillé des synagogues (en effet, aucune règle n’est prescrite quant à la construction de l’édifice ni à la disposition du mobilier, seule l’arche sainte doit être positionnée dans la direction de Jérusalem, vers l’est, mizrah), on peut prier n’importe où : l’essentiel étant d’atteindre le quorum religieux de dix hommes âgés de 13 ans révolus.

     

    Quand les circonstances exigent de se défaire d’une synagogue, on peut le faire mais l’acquéreur doit s’engager à en respecter l’ancien caractère religieux, notamment en n’en faisant pas une tannerie, en raison de la mauvaise odeur qui embaumerait l’air et dégagerait des remugles, des relents de puanteur. La deuxième interdiction stipule qu’on ne peut pas en faire un lieu de plaisir, par exemple une maison close ou autre.

     

    Pour le judaïsme, un lieu est sacré ou saint par destination, il le devient, il ne l’est pas nécessairement, dès l’origine. Tout lieu, s’il respecte certaines conditions, peut devenir sacré par vocation. C’est un peu différent dans le cas des églises.

     

    Il n’en demeure pas moins triste de voir des églises devenir des Fast food ou autres… Je pense que cela correspond aussi à un phénomène de déchristianisation et de désacralisation, héritées d’une lointaine société de consommation qui a enseigné aux plus faibles et aux plus démunis intellectuellement d’acheter toujours plus, d’être fasciné par l’argent facile (des footballeurs incultes ou de vulgaires chanteurs de music hall, etc) et de ne croire qu’en l’avoir et non plus en l’être.

     

    Je reconnais bien volontiers que ce type d e raisonnement est l’œuvre de ceux qui sont repus, bien au chaud dans des quartiers cossus et bien protégés, mais tout de même !

     

    L’église chrétienne, que j’aime mais qui n’est pas mon église, a rendu d’incommensurables services à l’humanité, lui apprenant à mourir en lui expliquant qu’en quittant ce monde on ne sombre pas dans le néant, elle lui a aussi enseigné, dans le sillage de la synagogue, à aimer son prochain et à protéger les faibles. Autant de conditions qui sont indispensables pour le vivre ensemble.

    Même un juriste aussi peu casher que Carl Schmitt a reconnu dans un ouvrage oublié (mais traduit en français : Politische Theologie) que les idéaux républicains actuels étaient en réalité des théologoumènes sécularisés.

     

    Chaque village, chaque bourg de France a sa Place de l’église. Elle doivent continuer d’exister.

  • La Syrie et les phobies paranoïaques de Poutine

    La Syrie et les phobies paranoïaques de Poutine

     

    On a déjà eu l’occasion de dire ici même que la visite de V. Poutine à Paris s’était soldée par un échec. Le maître du Kremlin n’a rien cédé concernant la Syrie. On vient d’apprendre qu’un vice ministre russe a laissé entendre que son pays ne tenait pas mordicus à Bachar el Assad et pourrait, éventuellement, s’accommoder de son départ. Les Russes commencent visiblement à se sentir isolés, avec pour seuls compagnons d’infortune, les Chinois qui n’ont jamais été un parangon de régime démocratique. Il faut donc compter, dans les semaines qui viennent, avec un changement de perspective de la part des Russes, ce qui soulagerait considérablement les insurgés qui subissent depuis peu des pertes effroyables.

     

    Mais ce qui me frappe le plus dans l’attitude de V. Poutine, c’est son complexe de l’encerclement, sa hantise de voir des bases militaires de l’OTAN pousser comme des champignons autour de son pays et sa peur panique des complots et des trahisons. L’homme réagit avec ses anciens réflexes de lieutenant-colonel du KGB. Alors, on comprend mieux que M. Poutine se sente bien en compagnie des Chinois qui ne s’embarrassent guère du respect du droit des peuples. Ce fut plus malaisé pour lui lorsqu’il se trouva face au président François Hollande.

     

    Il y a aussi la situation intérieure en Russie qui préoccupe M. Poutine : souvenons nous des imposantes manifestations contre lui et sa réélection entachée d’irrégularités, le printemps arabe qui semble faire tâche d’huile dans le Caucase russe : et tout ceci fait craindre à M. Poutine que l’islamisme qui relève la tête chez lui pourrait fort bien s’emparer de la Syrie, le seul pays arabe du Proche Orient où l’armée russe a conservé une base lui donnant accès aux mers chaudes…

     

    Tout ceci, tous ces éléments convergent dans l’esprit de M. Poutine pour éveiller une sorte de complexe d’encerclement, digne du début du XXe siècle ou des pires moments de la guerre froide. Il faut bien comprendre qu’avec de tels réflexes, datant d’un autre âge, la nation russe ne rentrera pas de plain pied dans le monde européen qui l’entoure. Sur le plan international, l’image de la Russie a subi de graves dommages : un pays qui par son blocage à l’ONU a contribué, indirectement, à la mort violente de milliers d’insurgés syriens. Et cela, le peuple de Syrie ne l’oubliera pas.

  • L’après-Moubarak

    L’après-Moubarak

     

    Au fond, c’est un assez bon verdict que le tribunal du Caire, chargé de juger le président Hosni Moubarak, a rendu, en acquittant la plupart des hauts responsables sécuritaires et en condamnant à la prison à vie l’ancien raïs. Il fallait à tout prix éviter une condamnation à mort qui aurait entaché cette révolution qui n’en finit pas. Certes, l’armée qui joue finement a permis au parquet du Caire de faire appel de ce jugement afin de désamorcer la colère qui pouvait relancer les débordements de la révolution.

    Mais au fond, que faut-il en penser ?

    Chaque révolution, chaque soulèvement a un prix : les anciens opprimés, les humiliés, les laissés pour compte se réveillent et nourrissent une haine inexpiable à l’égard de leurs anciens tortionnaires. C’est ce qui me frappe le plus quand je vois les télévisions arabes, les gens simples se plaignant d’avoir perdu près de trente ans de leur vie (en Egypte) et plus de quarante (en Syrie). C’est donc l’expression d’un ressentiment qui n’en finit pas. Et les anciens gouvernants, jadis omnipotents et intouchables, sont jetés en pâture à une populace qui rêve de se venger d’eux et de les humilier. Est-ce bien cela la justice ? J’en doute.

    Le président Hosni Moubarak n’a pas été un mauvais président même si sa gouvernance reflète les défauts et les manquements inhérents à de tels régimes dans l’écrasante majorité des pays arabo-musulmans. Il a su garantir à son pays la paix, l’aide américaine, il a donné à l’Egypte une certains honorabilité en redevenant l’interlocuteur privilégié de l’Occident et des USA . Son bilan global est loin d’être négligeable. Face à cela, il n’a pas su tirer la population égyptienne de la misère, a favorisé les affairistes et laissé à l’armée sa position de status in statu qui fait d’elle le premier facteur économique du pays. Tout le monde connaît la blague suivante : quel est le point commun entre un téléviseur, une voiture et une chemise en Egypte : tous les trois sont fabriqués dans un atelier dépendant de l’armée…

    Et c’est justement de cette armée que tout va dépendre, notamment l’avenir de tout le pays. Et même dans les tout premiers prochains jours. Cette armée ne permettra jamais que son ancien chef, celui auquel elle doit tout, sa balance au bout d’une corde. Elle va donc jouer les prolongations, d’appels en recours, de mise en scènes à des rebondissements, au point de lasser et de faire oublier le cas Moubarak.

    Il ne faut pas perdre de vue que, comme par miracle, le dernier premier ministre du président Moubarak est au deuxième tour de l’élection présidentielle, ce qui relève du miracle ! Il ne m’ étonnerait pas que ce soit lui, Chafiq, qui l’emporte, suscitant la colère des islamistes. Car comment l’armée, rempart du pays tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, s’accommode d’un président islamiste qui commencerait par l’affaiblir en démantelant ses structures. Enfin, ce parti islamiste ne possède pas les cadres qu’il faut pour gouverner le pays.

    En fait, c’est la boîte de Pandore qui s’est ouverte en Egypte. Pauvre pays ! La Syrie ne va guère mieux, la Libye se débat dans la guerre des milices, le Liban est contaminé, le Yémen se déchire et la Tunisie rumine ses frustrations en se découvrant bien démunie et vulnérable.

    Madame Angela Merkel devrait leur apprendre à tous ce que les Allemands ont de meilleur : le principe de réalité (das Realitätsprinzip).