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Vu de la place Victor-Hugo - Page 808

  • Le coup de maître des généraux égyptiens : la candidature du général Omar Souleymane

    Le coup de maître des généraux égyptiens : la candidature du général Omar Souleymane

     

    Depuis quelques semaines, tous les observateurs attentifs de la situation égyptienne, qui tarde à se stabiliser, se demandaient si les militaires, actuellement au pouvoir, allaient perdre la main au profit des Frères musulmans et des Salafistes qui ont obtenu les suffrages du peuple. On se demandait vraiment ce qui allait se passer et voici que quelques événements inattendus ont fait basculer le rapport de forces : d’une part , le candidat des Frères musulmans a été disqualifié parce qu’il ne remplissait pas certaines conditions et enfin, le plus important, l’homme de confiance du président Hosni Moubarak, le général Omar Souleymane, chef des services secrets, a présenté sa candidature à la présidence. Certes, cette candidature a été refusé par le comité électoral mais il existe une procédure d’appel et le général s’en saisira certainement.

     

    J’ai toujours pensé que l’Egypte constituait une heureuse exception au sein des pays islamiques et que ce pays comprend une classe d’intellectuels et d’hommes de culture qui tranche par rapport aux autres pays de la nation musulmane. D’ailleurs, la presse égyptienne ne souhaite pas qu’on considère les Egyptiens comme des Arabes. A un moment donné, lorsque l’Egypte avait été mise au banc des pays d’islam en raison de son traité de paix avec Israël, la presse stigmatisait les Palestiniens et les Arabes en général, leur reprochant d’avoir précipité le pays dans un conflit qui n’était pas le sien.

     

    Le corps d’Etat le plus organisé, le mieux préparé, le plus avancé dans la société égyptienne n’est autre que l’armée qui a toujours été le facteur économique le plus puissant et le mieux représenté dans tout le pays. Une blague a longtemps amusé les Egyptiens : quel rapport existe-il entre la chemise que vous portez, la voiture que vous conduisez et la télévision que vous regardez ? Les trois sont fabriquées, assemblées ou dirigées par… l’armée ! Dès lors, il est inconcevable que le futur élu ne soit pas issu de ses rangs ou, à tout le moins, ne soit pas d’accord avec elle.

     

    Le général Souleymane présente de nombreux atouts : c’est un homme éduqué et modéré, il a la confiance des USA et d’Israël, il sait tout sur tous car il fut le chef des services secrets, il inspire confiance aux régimes arabes modérés, allies traditionnels de l’Egypte, et surtout il est issu des forces armées. Or qui tien l’Egypte depuis plus de 50 ans ?

     

    Son unique point faible, mais il est considérable, c’est qu’il fut l’éphémère vice-président de Hosni Moubarak. Ce qui le déconsidère aux yeux d’une partie de la population. L’armée va-t-elle l’aider ? C’est probable ? Mais les généraux sont subtils, ils doivent avoir d’autres ressources dans leur gibecière. Ils ne lâcheront sûrement pas la proie pour l’ombre.

     

  • GÜNTER GRASS : Le délire d’un vieillard ou l’impuissance devant le verdict de l’histoire ?

    GÜNTER GRASS :

    Le délire d’un vieillard ou l’impuissance devant le verdict de l’histoire ?

    C’est mon ami, l’ambassadeur allemand à Genève auprès de la conférence pour le désarmement (Abrüstungskonferenz) qui a, le premier, attiré mon attention sur le fameux texte de Günter Grass (Grassens Gedicht, avec le génitif) que la Süddeutsche Zeitung de Munich a finit par publier il y a quelques semaines et qui a suscité une vive émotion en Allemagne.

    Le prix Nobel de littérature y stigmatise le coupable silence de son pays et de l’Occident au sujet de l’armement nucléaire d’Israël et redoute que la livraison à ce pays d’un sous marin allemand lanceur d’engin ne fasse de l’Allemagne la complice d’une catastrophe.

    J’ai traduit ce texte ce matin même, mais cette traduction devra être affinée par moi-même dès que je cesserai d’être distrait par d’autres occupations. Ce texte prouve que son auteur a agi sous l’emprise de l’émotion, incapable de dominer l’histoire récente de son pays et à laquelle il a, en personne, vu son âge, pris part. Les Allemands nomment cela die Vergangenheitsüberwältigung, la maîtrise du passé, de la Shoah et du fait que l’Allemagne hitlérienne a mis le feu au monde.

    Pourtant, je ne condamnerai pas sans appel l’octogénaire auteur de si grands livres, tout en déplorant qu’il mette sur un même plan l’Iran des Mollahs dont le président actuel évoque publiquement la destruction de l’Etat d’Israël et ce dernier, l’unique démocratie du Proche Orient. Il n’est pas anormal que cet Etat, menacé de toutes parts par des voisins implacables qui se sont juré sa mort depuis sa création, se prémunisse contre les attaques.

    Mais fidèle à mes habitudes et respectueux de ma formation à la fois traditionnelle et philosophique, je chercherai, comme Spinoza, à comprendre plutôt qu’à m’indigner.

    Je pense que trois éléments principaux forment la trame de ce texte de Günter Grass : l’insupportable fardeau de la Shoah, l’amour-répulsion d’Israël (en allemand Haßliebe) et l’irrépressible désir de faire encore un peu parler de soi… Mais j’insiste surtout sur l’événement vécu, insupportable, dévastateur, avec lequel un homme normalement constitué ne peut pas vivre en toute sérénité.

    Et justement l’événement vécu, au sens d’événement majeur et marquant qui s’imprègne à notre mémoire de façon indélébile, se dit en allemand Erlebnis. Ce terme est intraduisible tant il recouvre de notions psychologiques difficiles à cerner. Mais l’essentiel est de pouvoir vivre chaque jour avec ces traces et cette mémoire. Soulager sa conscience d’un insupportable fardeau : c’est probablement ce qui expliquait déjà les «révélations» du prix Nobel allemand de 1999, Gûnter Grass, à la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ).

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  • AHMED BENBELLA ET LA FRANCE

    AHMED BENBELLA ET LA FRANCE

     

    Il est des hommes que la mort canonise en quelque sorte alors que leur vie, si riche en événements et en tribulations ne leur a pas permis de jouer concrètement le rôle auquel ils semblaient être destinés. C’est le cas d’Ahmed Benbella que les Algériens considèrent, aujourd’hui, après sa mort et après 50 ans d’indépendance, un peu comme le père du peuple algérien. C’est assez étrange car le fondateur du FLN et l’âme de la révolution algérienne n’a exercé le pouvoir que durant trois petites années et a passé plus de temps en prison et en exil qu’au pouvoir.

     

    Tout simplement, la France n’oublie pas que c’est sous sa présidence, en fait eu égard à une vacance du pouvoir que tant de Français et de harkis furent massacrés sans merci, donnant libre cours à des vengeances sans nom. Certes, au cours de l’été de 1962, l’armée française s’est retirée dans ses casernes et l’ordre public était assuré, si l’on peut dire, par l’ALN, c’est à-dire par d’anciens maquisards qui n’avaient aucune idée de ce qu’est un régime démocratique. Ils laissèrent faire et parfois même se livrèrent à des exactions contre leurs ennemis d’hier.

     

    Qu’aurait fait Benbella s’il avait su conservé le pouvoir et s’il avait préalablement réussi à neutraliser le boulonnant colonel Boumedienne, son ministre de la défense ? Nul ne le saura jamais car l’homme était imprévisible, prônant un socialisme et un tiers-mondisme qui n’existaient nulle part ailleurs que dans son imagination. Tout le monde se souvient de ces discours fleuves où l’improvisation était reine et où la logique et l’esprit de suite ne jouaient aucun rôle. Rappelez vous ce savoureux lapsus : hier, l’Algérie était au bord du gouffre mais demain nous ferons un grand en avant… Les observateurs s’étaient gaussés de l’impétueux président mais on comprend bien ce qu’il voulait dire : l’Algérie allait surmonter ce gouffre en se propulsant par dessus pour renouer avec le progrès et le développement.

     

    Cet homme, considéré hier comme le véritable père de l’indépendance a tout de même eu de la chance ; mourir à plus de 95 ans, survivre à tous ses ennemis et ses détracteurs, et savourer sa victoire en jouissant d’une vieillesse heureuse. Au fond, à l’époque de sa chute, ses adversaires auraient bien pu le faire disparaître, ils ne l’ont pas fait. Jadis, il n’y avait ni téléphone portable ni tribunal pénal international.

     

    La question que je me pose est la suivante : Benbella au pouvoir aurait-il pu mettre un terme à ce débat passionnel entre les deux pays, le sien et la France ? Aurait-il pu, lui qui parlait un arabe hésitant mais qui avait une bonne culture française, mettre l’Algérie sur la voie du progrès et tourner le dos, une fois pour toutes, au ressentiment et au passéisme.

     

    On ne le saura jamais. Ou pour parler comme les Arabes : Allah sait (Allah ya’lem)