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Vu de la place Victor-Hugo - Page 810

  • La Turquie et la Syrie : enjeux et arrière-pensées…

    La Turquie et la Syrie : enjeux et arrière-pensées…

     

    Il faut reconnaître qu’en dépit du tempérament un peu excessif du premier ministre turc M. Erdogan (que l’on dit préoccupé par des problèmes très personnels), il a tenu le cap dans cette affaire syrienne qui dure depuis près de 13 ou 14 mois et qui ne peut pas se régler de manière définitive dans les semaines suivantes.

     

    La Turquie est prise entre plusieurs exigences et doit naviguer délicatement entre maints écueils/ La Syrie représente pour elle un enjeu économique et financier, mais aussi avec des arrière-pensées.. Elle a d’abord commencé par voir en sa voisine une ennemie qui pactisait avec les rebelles et séparatistes kurdes, au point qu’en 1998 on n’était pas très loin d’une confrontation armée. Puis, avec l’arrivée des islamistes turcs au pouvoir et le renversement de l’alliance avec Israël, les positions se sont rapprochées, notamment grâce à l’influence iranienne, soucieuse d’isoler Israël et de se constituer dans la région un noyau dur de pays amis et alliés.

     

    Mais depuis les troubles et la contestation armée en Syrie, M. Erdogan ne pouvait plus ignorer le vrai visage du régime de Bachar et a dû se désolidariser et ouvrir ses frontières aux réfugiés qui se comptent par milliers. A présent, Ankara demande l’aide internationale pour faciliter l’accueil des réfugiés. Et comme on l’écrivait ici même, Kofi Anan n’est plus dans le coup et vient d’essuyer un humiliante gifle diplomatique : Bachar l’accuse publiquement d’avoir mal compris la proposition syrienne… Un comble pour un ancien secrétaire général de l’ONU, réputé être un diplomate dans la bonne moyenne. Bachar n’a jamais eu l’intention de retirer ses chars des villes, il entend continuer à tuer ses opposants jusqu’au dernier et mener son affaire comme à l’accoutumée, sans rien lâcher.

     

    Et en effet, comment avoir pu comprendre un seul instant que Bachar qui tue son peuple pourrait engager des négociations avec lui ? Eh bien, M. Anan l’a cru, ce qui est proprement sidérant. Ce qui en dit long sur les capacités diplomatiques de certains. En fait, il suffirait que Washington offre quelques fortes compensations à Moscou pour que celle-ci retire son soutien à Bachar et 15 jours plus tard, son régime s’effondrera.

     

    Mais laissons M. Anan à ses illusions et revenons vers M. Erdogan : la Turquie a une armée mal équipée et des effectifs pléthoriques. Elle a besoin de l’arrière-pays syrien pour parachever sa pénétration en Irak, pays riche en pétrole et où tout est à reconstruire. L’économie turque est l’une des rares cartes dans la main des islamistes au pouvoir à Ankara. Par ailleurs, l’accession au rang de puissance régionale par la Turquie exigeait une entente avec Damas sous quelque force que ce fût… Ceci pari s’avère très aléatoire ! C’est pourquoi le r »égime turc actuel n’est peut-être pas si solide que cela.

     

    Que va faire M. Erdogan, à part attendre une hypothétique victoire des insurgés en Syrie ? Probablement laisser passer plus d’armes lourdes en provenance du Qatar et de l’Arabie saoudite, à destination des insurgés. Mais aussi, même si cela est inavouable, renouer (d’abord) en sous main avec Israël, ce que demandent avec insistance les milieux laïques turcs et des pans entiers de l’armée, équipée de drones et de puissants matériels israéliens.

     

    Mais vraiment, la vieille tradition avait raison qui déclarait que la destruction s’était abattue sur notre monde : comment faire pour en sortir ? Changer l’homme !

  • Les massacres en Syrie et l’inertie de l’ONU

    Les massacres en Syrie et l’inertie de l’ONU

     

    L’ONU se conduit en Syrie d’une manière fort étrange. En demandant un cessez le feu pour le 15 avril afin de laisser à Bachar le temps de faire sortir ses chars et son artillerie des villes et des villages en guerre contre lui, l’ONU accorde au tyran un permis de tuer les populations civiles jusqu’à cette date.

     

    Or, à quoi assistons nous depuis quelques jours ? A une incroyable recrudescence de la répression qui a fait, rien que pour la journée d’hier, environ 133 morts, sans même compter les blessés. C’est du jamais vu. L’ONU aurait dû exiger un cessez le feu immédiat. Elle ne l’a pas fait et Marx avait eu raison de dire que les Etats sont des monstres froids…

     

    En tout état de cause, Bachar ne fera pas cesser sa terrible répression. Chacun le sait. Alors pourquoi ces simagrées ? Pour se donner l’impression d’agir et de peser sur les choses, alors que la seule chose dont on soit certain, c’est que le peuple syrien se fait tuer par dizaines de victimes.

     

    Aucun dialogue n’est plus possible entre les deux partis. Aucun leader de l’opposition n’osera jamais proposer un dialogue ou une entente avec le boucher de son peuple. Du reste, personne ne se fait plus d’illusion : Bachar n’a qu’une idée en tête : sauver son clan familial et ethnique. Et pour ce faire, il ne peut compter que sur les chars et les baïonnettes de ses soldats qui brûlent maisons et récoltes, tirent sur les femmes et les enfants, sans aucune retenue.

     

    Les Etats ont un drôle de comportement, notamment la Chine et la Russie : sous prétexte qu’elles ont été prétendument flouées lors du vote sur la Libye, elles se refusent obstinément à débloquer le vote du conseil de sécurité à l’ONU. En fait, il y a derrière ce refus une forte odeur de pétrole et de facilités portuaires pour la marine de guerre russe.

     

    Je regardais tout à l’heure al-jazeera qui exhibait des enfants en sang et en pleurs. Mais le cœur des Etats s’est endurci. Quelle tristesse…

  • L’islam et la République

    L’islam et la République

     

    Après l’attentat de Toulouse, les choses pour les musulmans de France ne se présentent plus de la même manière qu’avant. Certes, quelques milieux ont une attitude ambivalente, voire ambiguë, mais il serait exagéré et injuste d’assimiler tous les musulmans à des terroristes. C’est pourtant ce qui se passe dans certains secteurs de la société française, horrifiée par des actesinhumains et proprement barbares. En fait, il ne faut pas parler de l’islam, mais des musulmans et considérer cette appartenance éthique et religieuse comme un simple fait culturel. Une attache confessionnelle.

     

    Aujourd’hui, alors que les musulmans de France ou une bonne partie d’entre eux se rassemblent au Bourget pour suivre le mot d’ordre de l’UOIF, un certain nombre de voix se sont fait entendre pour rappeler quelques principes républicains de base : pas d’appel à la haine religieuse, pas d’incitation au combat des autres religions ou tout autre motif de trouble à l’ordre public. Cette mise en garde, venue du plus haut niveau de l’Etat, a un peu choqué certains musulmans qui se sont plaints d’un éventuel amalgame.

     

    J’ai entendu ce matin à la radio, en me rendant au culte pour la fête de Pessah, des jeunes filles se plaindre d’être rejetées des deux côtés/. Lorsqu’elles se rendent dans leur pays d’origine, les autochtones les traitent de françaises avec dédain et, ici, on les traite d’Arabes, donc de non-françaises. J’ai été sensible à cette plainte mais je dois tout de même dire que pour être admis totalement en France, il faut s’intégrer. Et s’intégrer, ce n’est pas rappeler par sa mise vestimentaire ou des signes religieux ostentatoires, qu’on est autre. On peut veiller à l’altérité, si chère au philosophe français Lévinas, mais cette altérité se passe au fond, dans le cœur de l’invité, dans son moi profond, elle n’a guère besoin de s’afficher comme certains le font. Faute de quoi, cette expression de la différence devient de la provocation. Ce qui suscite les réactions que l’on connaît.

     

    Aujourd’hui, Juifs et Chrétiens, unis par les liens d’une ancienne religion commune à l’origine, fêtent séparément et différemment la Pâque : pour les premiers, il s’agit de commémorer la sortie d’Egypte, l’Exode, considéré comme le premier événement nationale du peuple hébreu en tant que peuple. Il n’en n’existe pas d’autre, si ce n’est le rappel de l’adventicité de l’univers suite à l’œuvre divine de la Genèse. Pour les autres, il s’agit de la Résurrection, un acte majeur sans lequel tout le catholicisme s’effondre : il faut que Jésus ait triomphé de la mort, faute de quoi tout l’édifice construit sur lui s’écroule…

     

    Ces deux religions vivent dans l’attente d’un Sauveur, rédempteur d’une humanité à la fois pécheresse et souffrante, bref elle sont en gésine d’un libérateur. Ne retenons pas nécessairement l’idée d’un péché originel, pourtant marquée dans les premiers versets du Psaume LI (Dans la faute est mon origine, dans le péché ma mère m’a conçu…), gardons plutôt en mémoire l’idée que la nature humaine dépend grandement d’une force qui l’a mis au monde et qui lui est nettement supérieure. Cela s’appelle l’espérance eschatologique laquelle bannit la guerre, la domination, le crime, le sang versé et la barbarie pour faire place au royaume de la paix infinie… Le temps historique s’est figé en éternité. L’humanité est parvenue au stade ultime de son accomplissement.

     

    Comment les autres nationalités ou les vagues d’immigration se sont-elles intégrées harmonieusement en France ? Certes, les peuples d’extraction chrétienne n’ont eu aucune difficulté à se fondre, à cohabiter et à s’identifier avec ce qui les entoure ainsi qu’avec l’histoire du puys où ils vivent.

     

    Je dis bien vivent et non pas seulement habitent, c’est toute la différence.

     

    Mais alors les Juifs, comment ont-ils réussi leur intégration au point que peu de décennies après la Révolution ils ont été (certes, avec quelques inévitables aléas, e.g. l’affaire Dreyfus) intégrés dans la socio-culture française. Quand j’étais jeune étudiant, j’ai souvent écouté la blague juive suivante : qu’est-ce qui sépare un marchand ambulant juif d’un polytechnicien de même confession ? Réponse : une génération !! Comme tous les mots d’esprit juifs (e.g. Sigmund Freud), celui-ci est d’une grande densité.

     

    Il est un point qui est loin d’être un détail et qui pourrait , si on le réglait, grandement faciliter l’intégration de tous les ressortissants musulmans en France : il faut se considérer comme une communauté religieuse, une simple religion, et non une communauté nationale, un peuple. Faute de quoi, c’est un peuple au sein d’un autre, ou en latin, un status in statu, un Etat dans l’Etat. C’est d’ailleurs ce à quoi appellent les gouvernants lorsqu’ils parlent d’une appartenance pleine et entière à la communauté nationale, reléguant la religion dans la sphère privée.

     

    Jean-Pierre Chevènement que j’ai bien connu quand il était Place Beauvau m’avait dit lors d’un déjeuner que ses interlocuteurs musulmans lui opposaient la oumma, la nation musulmane, lorsqu’il leur tenaient le discours intégrationniste que je viens de résumer.

     

    Et c’est là tout le problème.