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Vu de la place Victor-Hugo - Page 863

  • La Syrie, un pays en pleine guerre civile

    La Syrie, un pays en pleine guerre civile

    Sans vouloir houer aux oiseaux de mauvais augure, ni au prophète de malheur, la Syrie est perdue pour Bachar al Assad qui n’aura même pas duré une décennie après son guerre qui était, lui taillé, dans une autre dimension. Il est vrai qu’aujourd’hui, les réseaux sociaux mobilisés par des jeunes filles, comme en Egypte, ont provoqué la chute d’un homme indéboulonnable comme Husni Moubarak dont j’ai bonne opinion, ainsi que vous le savez. Certes, ce n’était pas un démocrate, mais de telles populations doivent elles respecter les critères occidentaux de la démocratie ? Les avis sont partagés.

    Depuis que les déserteurs de l’armée se sont organisés au point d’attaquer avec des moyens militaires le centre de renseignements militaires de la marine, la partie est perdue par BAchar qui n’est plus proptégé que par ses milices et sa prétorienne. Dans les semaines qui viennent, les dissensions politiques vont se traduire sur le terrain : les Kurdes, les sunnites, les chiites, les alaouites vont se retrancher, chaque communauté dans un réduit. Et la Syrie n’existera plus comma avant.

    Aujourd’hui, on entend parler d’une Armée syrienne libre (al-djish al-souri hor), c’est le point de non retour. Comment en sommes nous arrivés là ? Mon idée est que depuis des décennies, les gouvernants arabes ont cru occulter leur impéritie en arguant du danger israélien qui est toujours là, plus fort que jamais, une démocratie vigoureuse, une économie en expansion, une armée super puissante, alors que les Etats arabes sont en proie aux ferments de la discorde et de la désunion, de la Tunisie au Yemen. Et je peux vous le dire, dès à présent, l’Iran ne sera pas épargné, ce pays où se produisent depuis quelque temps des explosions mystérieuses et fait troublant, toujours dans des dépôts de munitions…

    Au lieu de pourfendre des ombres et d’imaginer un ennemi israélien qui est en réalité leur frère sémite, les Arabes auraient dû affronter leur vrai destin. Le résultats est là, sous nos yeux.

    Je souhaite de mes vœux l’arrêt de bain de sang et prie pour que les yeux de ces peuples s’ouvrent enfin.

  • Grâce pour DSK

    Grâce pour DSK

    C’est triste à dire, mais l’affaire revient sur le tapis. Ne laissera-t-on donc aucun répit à un homme déjà à terre, qui ne peut, en tout état de cause, nullement se présenter à aucune élection d’importance ni causer de tort à personne ? Qui a, de surcroît, été lâché par tous, même par ses plus fidèles soutiens ?

    Il faut relâcher la pression sur un homme qui a besoin de temps pour se reconstruire, je ne dis pas professionnellement (car cela paraît très compromis) mais simplement humainement, dans sa vie, sa relation à son épouse et à ses enfants ?

    L’affaire de ce grand hôtel lillois a donné lieu à des spéculations assez étonnantes, je dois bien le reconnaître. Selon certains milieux, cette affaire de l’hôtel était en attente pour éclater au grand jour au moment où DSK aurait déclaré officiellement sa candidature. On nous dit que c’est de bonne guerre et qu’il suffit de jeter un coup d’œil sur ce qui vient de se passer outre-Atlantique où des femmes se sont soudain souvenues du harcèlement sexuel émanant, nous disent-elles, d’un candidat républicain à la Maison Blanche… L’affaire du Carlton devait donc, selon ces milieux, exploser la première.

    Et voici que DSK, dans son abyssale inconscience, donne à ses adversaires, l’occasion absolument inespérée de l’anéantir en leur offrant sur un plateau l’affaire du Sofitel de New York… Décidément, les grands hôtels se suivent dans la vie de DSK… En principe, Lille était seule en ligne et voilà que NY lui volait la vedette et l’exclusivité !

    Aujourd’hui, alors que DSK est arrivé par miracle et grâce l’ingéniosité de ses bons avocats à se sortir d’affaire, on s’acharne sur lui de nouveau, comme si on voulait l’achever.

    Que l’on me comprenne bien : je désapprouve de la manière la plus formelle les agissements de DSK, mais après tout la justice ne fait pas la morale, même si, à mes yeux, on ne doit pas agir comme il a agi. Aujourd’hui, il faut épargner cet homme, le laisser vivre. Car il y va de sa survie. Je sais que la poltique est un exercice cruel. Mais trop, c’est vraiment trop.

    Laissez cet homme enfin en paix. Le châtiment subi excède largement la faute commise.

  • La France et l’Allemagne : survol d’un contraste

    La France et l’Allemagne : survol d’un contraste

    S’il y a deux peuples, deux cultures qui n’ont pas beaucoup de choses en commun et qui durent, sous la contrariante d’événements extérieurs, se réconcilier et s’allier, ce sont bien la France et l’Allemagne, devenue, il faut bien le dire, notre puissant voisin et dont dépend, aujourd’hui, presque exclusivement, le sort de l’Euro, donc de notre prospérité économique et, partant, de notre stabilité sociale.. Ce qui me conduit à parler de ce sujet aujourd’hui, c’est la prise de conscience d’un découplage (le mot est très adéquat puisqu’on parlait jusqu’ici du couple franco-allemand) entre nos deux pays : d’anciens responsables du Quoi d’Orsay, fins connaisseurs des rouages de la coopération franco-allemande, ont récemment dénoncé, en termes fort peu diplomatiques, ce suivisme qui leur semble à la fois humiliant et un peu tardif.

    Ceux qui me lisent régulièrement dans ce journal connaissent l’admiration que je voue à la culture allemande et la haute estime en laquelle je la tiens. J’ajoute que mes origines ne me rendent pas suspect d’une «germanolâtrie» de mauvais aloi… Je scrute simplement, ce qui dans un passé récent ou lointain, a creusé l’écart entre nos deux pays. Germaniste de formation et aussi philosophe (ce qui revient au même puisque la philosophie est grecque aux deux tiers et allemande pour le reste), j’ai enseigné près de 25 ans à l’Université de Heidelberg après avoir passé quelques années à la FU de Berlin. J’ai donc pu voir comment fonctionnent nos voisins et m’imprégner de leur Weltanschauung (un mot hélas galvaudé durant l’Occupation, mais que je prends dans son acception première) qui leur fait détester ce qui leur apparaît comme une «arrogance française»..

    Pour expliquer cette mentalité germanique, deux éléments s’imposent à mon esprit de prime abord :

    a) la sensibilité religieuse de cette population, catholique et protestante, dont la langue a été forgée par nul autre que Martin Luther lors de sa traduction de la Bible. On a coutume de dire que les Allemands ont deux Bibles : la vraie, celle de Luther et le Wilhelm Meister de Goethe, véritable ouvrage de formation (Bildungsroman) lu et enseigné dans les écoles et les universités. Pour parachever ce premier élément, j’ajoute qu’en Allemagne la religion est une matière académique (Religionsunterricht ist ein akademisches Fach)

    b) le profond respect, mieux encore la crainte révérencielle (Ehrfurcht) de l’autorité, ce qui a, hélas ! trois fois hélas, conduit à des catastrophes dans l’histoire allemande récente. Cette attitude apparaît le mieux dans la phrase de Luther (encore lui) : l’autorité vient d’en haut [Dieu] (Obrigkeit kommt von oben) et à laquelle celle d’Otto von Bismarck fera un lointain écho : l’homme n’est pas sur terre pour être heureux mais accomplir son devoir (Der Mensch ist nicht auf Erden, um glücklich zu sein, sondern um seine Pflicht zu tun.)

    C’est dans ce terreau -qu’il faut bien surveiller- que s’enracine la légendaire, la proverbiale discipline allemande dont nous percevons aujourd’hui encore les effets, désormais bénéfiques, et dont notre bon président nous invite enfin à nous inspirer.

    Comme tout un chacun, Nicolas Sarkozy a des défauts, sur lesquels par respect je ne m’étendrai pas mais il a aussi d’éminentes qualités, notamment une énergie débordante et un refus absolu de la fatalité. L’essence du Français est telle que nul ne peut, sans risque d’échec électoral, le brusquer. Je ne puis réprimer un léger sourire lorsque j’apprends qu’on entend enfin combattre d’innombrables abus et fraudes dans plusieurs domaines. Mais les Allemands ont réglé ces problèmes depuis fort longtemps et leurs tribunaux donnent tort à des chômeurs qui refusent trois offres d’emploi successives : des ingénieurs diplômés se sont vus offrir des emplois de «techniciens de surface (balayeurs), c’était cela ou rien, plus de prestation sociale…

    Au vu de ce qui précède, on mesure le chemin parcouru par Nicolas Sarkozy quand il parle, avec une bonne volonté touchante, de convergences avec l’Allemagne. C’est vrai, c’est la voie à suivre, mais il faudrait que les Français veuillent bien suivre, eux aussi. Et le pari n’est pas gagné d’avance.

    Une dernière référence à l’histoire intellectuelle allemande qui explique les succès de nos voisins : après la conquête napoléonienne, il se trouva un philosophe allemand (profond mais qui n’est pas préféré en raison de son antisémitisme), Fichte, qui lança un vibrant appel au patriotisme de ses concitoyens. Il s’agit des Discours à la Nation allemande (Reden an die deutsche Nation).

    François Fillon a été le premier à parler ouvertement de la situation actuelle. Il avait dû rectifier le tir en faisant un plaisant jeu de mots, passant de la rigueur à la vigueur. En fait, pour changer les choses, il faut les exprimer clairement.

    Oh, je ne me fais pas d’illusion car je vois pas un seul dirigeant politique actuel capable de faire comme Fichte, mais qui sait ? Parfois, on n’est pas à l’abri d’une bonne surprise…

     

    Maurice-Ruben HAYOUN

    In Tribune de Genève

    16 novembre 2011