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Vu de la place Victor-Hugo - Page 562

  • L'étoile de la rédemption de Franz Rosenzweig, un livre juif?

    L’étoile de la rédemption de Franz Rosenzweig est il un livre juif ?

    L’étoile de la rédemption, en allemand originel Der Stern der Erlösung et en hébreu Kokhav ha-Guéoula, est un livre difficile à lire et surtout à comprendre, au motif que son auteur, un jeune juif désorienté mais à nouveau solidement arrimé à sa tradition juive ancestrale après avoir victorieusement surmonté une très grave crise religieuse, a cherché à déconstruire les catégories de la philosophie occidentale depuis Thalès jusqu’à Hegel. Il avait écrit cet ouvrage volumineux sur des cartes postales fournies par l’armée, et griffonnées dans les tranchées de Macédoine. Le jeune soldat mobilisé pour la première guerre mondiale, très loin de chez lui, avait adressé ses méditations à sa mère. Rentré chez lui, il transita par quelques hôpitaux afin de regagner ses foyers et de remanier tout ce matériau épars qui donna finalement cette Etoile de la rédemption.

    Né en 1886, Rosenzweig n’avait pas encore trente-cinq ans lorsqu’il fit paraître cette œuvre, certes peu connue du grand public mais qui occupe une place de premier plan dans la pensée juive contemporaine. Pour bien la situer dans l’esprit des lecteurs, il suffit de rappeler que même Levinas a contracté auprès de cet auteur, prématurément disparu en 1929, une dette immense. Lors d’une interview avec le défunt journaliste Christian Delacampagne, publiée dans le journal Le Monde il y a plus de trente ans, l’auteur de Difficile liberté avait eu cette phrase : j’ai pillé Rosenzweig… Que l’on ne s’y méprenne pas ; reconnaître sa dette envers un devancier ne signifie pas avoir commis un plagiat, bien au contraire. C’est rendre à César ce qui est à César ou tout simplement respecter un principe talmudique, rendu très populaire par les commentaires de Rachi : quiconque cite un texte au nom de son auteur apporte la rédemption au monde (ha-mévi davar be shem omro mévi gueoula la olam…) Et d’ailleurs dans son mémorable texte Les bâtisseurs (Die Bauleute) Rosenzweig revient sur ce principe sur lequel se fonde toute probité intellectuelle.

    Lorsque l’Etoile de la rédemption parut, les gens firent alors une confusion dont non seulement le public mais l’auteur aussi eut à se plaindre. Il l’explique ouvertement dans ce grand texte philosophique Le nouveau Penser que je viens de traduire de l’allemand et que j’ai publié dans La Tribune de Genève.

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  • Titre de la noteErri de Luca, Première heure : Les maçons…

    Erri de Luca, Première heure : Les maçons…

    C’est une nouvelle fois de cet auteur italien non-juif, mais doté d’une grande sensibilité judéo-hébraïque, puisqu’il a appris l’hébreu biblique à la seule fin de pouvoir lire les textes bibliques dans leur originalité, que je voudrais vous reparler. Et c’est encore à mon auditeur de l’université de Genève, M. Joseph Rueff, que je le dois.

    De quoi s’agit-il dans cette brève mais émouvante nouvelle intitulée Maçons ? Eh bien de nombreuses occurrences dans la Bible hébraïque de cette idée de construire, de bâtir, de réparer, bref d’apporter du positif sur terre, mais pas toujours avec de bonnes intentions, comme dans le cas de la tour de Babel sur laquelle je reviendrai dans un instant.

    Il existe cependant un exemple plus ancien, voire archaïque où Dieu en personne répare, reconstruit ou referme ce qu’il avait lui-même défait. Il s’agit de la création d’Eve à partir de la côte d’Adam. Après avoir opéré tel un chirurgien, Dieu recoud, referme la blessure par des points de suture. C’est le premier acte réparateur du livre de la Genèse puisqu’il se situe aux origines de l’histoire humaine : sans la présence de ce couple paradisiaque, pas de postérité, pas de descendance humaine. Mais là il s’agissait d’êtres vivants. Le vrai maçon va intervenir plus tard et dans un tout autre esprit.

    C’est le mythe de la tour de Babel  et ce qui est intéressant c’est que l’auteur italien a lui-même travaillé sur des chantiers avec des équipes internationales où l’ingénieur ne comprenait pas la langue de ses ouvriers et inversement. Pour avancer dans un projet, pour bâtir ensemble, il faut avoir une langue commune afin que les instructions données par le bâtisseur en chef soient suivies à la lettre par les exécutants. Or, la divinité qui se sentit menacée dans son empyrée par une humanité ingrate et stupide, n’a rien trouvé de mieux à faire, en guise de contre attaque, qu’à semer la zizanie entre les maçons et que de brouiller les rapports entre eux. En quoi faisant ? En introduisant la multiplicité des langues, rendant impossible toute avancée de la tour, fût-ce d’un millimètre. La conséquence immédiate fut la dispersion, d’où le nom de génération de la dispersion (dor-hapelaga) qu’il faudrait peut-être mieux appeler la génération de la division et de la dissension. En araméen talmudique, quand on veut dire qu’un Sage n’est pas d’accord avec la décision adoptée, on utilise le terme ou-peliga de (le désaccord de…).

    Pour construire, il faut s’entendre, au propre comme au figuré. Et pour cela, il faut parler la même langue. Ce qui signifie placer les mêmes concepts derrière les mêmes mots. C’est ce trouble grave qui a causé la division de l’humanité en cultures  différentes qui sont peut-être sa richesse mais aussi le drame de sa désunion qui perdure.

    Dans la littérature prophétique et dans les Psaumes, on parle souvent de construire et de maçons et le contre exemple, c’est la construction du temple de Jérusalem par Salomon mais que le livre des Chroniques, inconsolable en constatant que ce ne fût pas David en personne, attribue à ce dernier in petto, le rôle principal dans l’érection de cet édifice.

    Dieu lui-même est souvent présenté comme la muraille, voire la muraille de feu qui entoure son peuple Israël afin de le protéger contre des ennemis qui cherchent sa destruction. Et chaque fois qu’il y aune brèche dans cette muraille, Dieu cherche un maçon pour boucher ce trou et s’il ne trouve personne (Amos 9) il le fait lui-même.

    Dans la Bible hébraïque, lorsque les matriarches ont des difficultés à enfanter, elles s’adressent à leurs servantes dans l’espoir qu’elles seront EDIFIEES par elles. Ici, il y a un jeu de mots entre BEN (fils) et BANO (édifier, construire). C’est le cas de la matriarche Sarah, épouse d’Abraham, qui parle de Agar dans l’espoir qu’elle donne à son mari un fils afin d’être «édifiée par elle.»

    Ces sens connexes, fils et construire ou bâtir, n’ont pas échappé aux vieux maîtres des sources juives anciennes, qui disent ceci : n’appelle tes fils que ceux qui te bâtissent, c’est-à-dire te construisent, poursuivent ton œuvre, dans ton sillage. (Banayikh ella bonayikh).  On parle donc ici d’une filiation spirituelle, ce qui est d’ailleurs la chose la plus importante.

    Je me souviens de tête d’un échange talmudique très ironique entre un groupe d’érudits juifs (deux célèbres convertis au judaïsme)  et des descendants du grand pontife Aaron. Les deux convertis font sentir à ces derniers qu’il ne sert à rien de se prévaloir d’une si illustre ascendance si l’on en trahit l’esprit, si l’on n’en incarne pas la filiation spirituelle.

    Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est la rencontre inconsciente de l’Italien avec un illustre philosophe juif, Franz Rosenzweig, auteur d’un très beau texte, quelques années avant sa mort (en 1929), Les bâtisseurs (Die Bauleute), publié ici même dans ma traduction française. Rosenzweig s’y adressait son collègue et ami Martin Buber pour lui expliquer l’importance du respect des lois concrètes de la Tora. Et Rosenzweig se réclamait explicitement de cette lecture talmudique de Banayikh et Bonayikh..

    Il fallait relever ce point de convergence entre un philosophe éminemment juif et religieux et un auteur italien non-juif, mais profondément imprégné d’une très forte sensibilité biblico-hébraïque, lui qui avait appris par cœur le texte en hébreu d’un passage prophétique parlant d’ériger un édifice qui ne soit ni un mur de séparation ni une enclave dans un espace non prévu à cet effet.

  • Les multiples conséquences de la défaite des Bleus au Brésil

    Les conséquences de la défaite des Bleus au Brésil

    En effet, ces conséquences sont de différentes natures. Elles vont de l'amélioration de l'opinion qu'on a des joueurs à des répercussions sur la politique intérieure en France:

    a) L'équipe de France jadis critiqué de manière acerbe tant par les pouvoirs publics que par les Français a refait son retard et jouit désormais d'une belle aura aux yeux de l'opinion, en dépit de ce coup d'arrêt que l'Allemagne vient de lui asséner. Mais tant les joueurs que leur entraîneur n'ont pas démérité et repartent la tête haute. Ils se sont bien conduits, bien battus mais n'avaient pas le niveau face à une Mannschaft infiniment supérieur en qualité, en efficacité et surtout en technicité.

    b) au plan de la main mise insupportable de ce mondial sur toute l'information, la conséquence la plus positive est que les philistins de la culture et les spécialistes de football qui tiennent des discours d'analphabètes depuis des semaines, encombrant injustement les écrans de télévision, vont enfin rejoindre l'obscurité qu'ils n'auraient jamais dû quitter. C'est déjà ça. Car cela devenait insupportable.

    b)la défaite face à l'Allemagne est symbolique. Certes, ce grand pays voisin est notre notre ami, notre allié et nous entretenons avec lui de multiples elations. Mais au regard du symbole et de l'allégorie, c'est aussi, un peu, le défaite de François Hollande face à Angela Merkel. L'actuel chef de l'Etat tente désespérément de s'organiser avec d'autres pays du sud de l'Europe face à une chancelière championne de la rigueur et des équilibres budgétaires. Mais là encore sans succès. C'est un symbole: même l'Italie à laquelle le chef de l'état français tente de s'allier a vu son éqquipe rentrer bredouille, chez elle, alors que l'Allemagne tient le haut du pavé et va aller en demi finale contre le Brséil. Peut-même viendra-t-elle; comme jadis.

    d) les conséquences politiques sont encore plus déterminantes et auront des répercussions de longe durée. il est de notoriété publique que François Hollande espérait une meilleure performance de l'équipe des Bleus afin de pouvoir annoncer enfin une bonne nouvelle aux Français. Comme sur le front du chômage, cet espoir s'est fracassé sur des faits têtus. Le président aurait alors pu stimuler une reprise d'optimisme, mettant du baume au cœur des Français, qui en ont bien besoin. En lieu et place de cela, il devra compter avec une population durement frappée par le chômage, ponctionnée par les impôts du mois de septembre et abordant la rentrée avec morosité.

    En conclusion, jamais le pays n'avait connu un horizon si intégralement bouché au point que certains n'hsient plus à évoquer la possibilité d'une dissolution de l'Assemblée puisque la majorité qui s'y trouve ne reflète plus le réel rapport de forces dans l'opinion.

    Cette hypothèse est moins chimérique que celle d'un départ de l'actuel chef de l'Etat. En revanche, dans un cas comme dans l'autre, une nouvelle candidature pour 2017 semble fortement compromise. Même aix yeux du PS. Si l'on fit une analyse froide et factuelle, il semble plutôt que deux hommes ont des chances de devenir l'un ou l'autre, candidats du Ps: le premier est le chef du gouvernement et le second ministre de l'économie..