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Vu de la place Victor-Hugo - Page 754

  • Faut-il sécuriser les entrepôts d’armes chimiques en Syrie ?

    Faut-il sécuriser les entrepôts d’armes chimiques en Syrie ?

     

    La question, nous dit-on, préoccupe les internautes du monde entier, surtout depuis que le régime de Bachar el Assad déplace à intervalles réguliers certains stocks de ces armes si dangereuses. C’est que la situation dans ce pays est des plus instables et aucun des deux camps ne parvient à marquer des points décisifs. La bataille d’Alep se poursuit sans que l’avantage ne soit accordé à aucune des parties, quant à la bataille de Damas, elle a fait long feu et les espoirs des insurgés sont été déçus.

     

    Ce qui est terrible, c’est le nombre de victimes qui ne cesse de croître. Et ceci est inadmissible. On ne compte plus le nombre de déplacés, de réfugiés dans les pays voisins, Jordanie, Liban et Irak.

     

    Hier après-midi, j’ai suivi en direct l’intervention du ministre al Mouallem, chef de la diplomatie syrienne qui a inversé les rôles, rappelant que son pays était victime de bandes terroristes armées et financées par des pays voisins (Qatar, Arabie Saoudite et Turquie). Rien de nouveau, une simple resucée de vieilles idées.

     

    En revanche, ces armes chimiques risquent de poser problème et de rendre nécessaire une intervention extérieure. Imaginez, par exemple, que le régime syrien, avant de tomber, veuille pratiquer la politique du pire et tente de livrer au Hezbollah libanais ces mêmes armes. Israël n’hésiterait pas une seconde à intervenir…

     

    Et l’on voit d’ici ce qui passera après.

  • L’incendie du vieux souk d’Alep, la plus vieille ville du monde.

    L’incendie du vieux souk d’Alep, la plus vieille ville du monde.

    Il était classé au patrimoine mondial de l'UNESCO

     

    Hier en fin d’après-midi, je contemplais avec une infinie tristesse les flammes rougeoyantes dévorant les plus vieilles échoppes du monde : le vieux souk d’Alep partait en fumée. Rien n’arrêtera donc les troupes du régime syrien qui bombardent sans distinction aucune toute source de feu les prenant pour cible.

     

    On a donc affaire à un régime qui ne laissera fléchir que la violence des armes. Il ne faut pas se leurrer et bien comprendre ce que voulait dire l’actuel ministre syrien des affaires étrangères lorsqu’il affirmait posément devant la presse ceci : nous vous disons que la Syrie est plus forte que ses ennemis…

     

    Depuis quelque temps, le régime a verrouillé encore plus tous les services : les désertions se font plus rares, les hommes politiques et les officiers supérieurs sont surveillés au plus près, l’hémorragie semble stoppée.  En une phrase, ce que l’on croyait être une déliquescence accélérée du régime Assad n’a plus cours. Les choses ont changé. Même le fer de lance de l’armée syrienne ne semble pas épuisé ni démoralisé.

     

    Apparemment, les réserves prennent la place des troupes combattantes afin que celles ci puissent se reposer. Certes, l’armée marque le pas, notamment à Alep où la ville est divisée entre deux camps. Mais les rebelles n’ont pas de réserves ni de circuits de ravitaillement suffisants. Et la situation pourrait basculer, surtout que les Syriens sont de plus en plus nombreux à dénoncer les exactions commises par des Iraniens qui voulaient se faire passer pour de paisibles pèlerins.

     

    Hier après-midi, le Turc Erdogan et l’égyptien Morsi ont stigmatisé l’aide des Iraniens au régime syrien, ainsi que le veto russo-chinois. Est ce que cela va suffire pour changer les choses et mettre un terme enfin aux indicibles souffrances du peuple syrien ?  D- seul le sait.

     

     

  • La fête de soukkot, ce soir, dimanche 30 septembre à partir de 19h 30.

    La fête de soukkot, ce soir, dimanche 30 septembre à partir de 19h 30.

     

     Tout comme la ronde des saisons, les fêtes juives de Tichri s’achèvent avec la joie de Soukkot, la fête d’une humanité réunie autour de la crainte et de l’amour de D-. Nous sommes passés de la solennité de Rosh ha-Shana à l’austérité de Yom Kippour, et nous en venons, enfin, à la joie de Soukkot qui symbolise le destin providentiel du peuple d’Israël : si les lois de l’histoire avaient fonctionné à plein, nous dit un passage talmudique, les juifs auraient dû être balayés par les vicissitudes de leur propre histoire. Mais D- en a décidé autrement : il compare le destin de ce peuple à la frêle constitution de cette cabane couverture de verdure d’où tout métal ferreux doit être absent, symbole de l’abandon confiant à Dieu. Qu’il pleuve ou qu’il vente, que le toit de la soukka soit soudain emporté par une rafale de vent, peu importe, la providence divine est censée être là pour assurer la protection de ceux qui s’abritent sous elle.

     

    La soukka, c’est la Providence divine. Elle semble absente ou simplement lointaine, mais le plus souvent elle agit, même si, au cours de l’histoire juive récente, un homme comme Martin Mordekhaï Buber a pu parler de l’éclipse de Dieu.

     

    Les sages du talmud ont développé tout un traité éponyme sur cette question de la soukka. Il y a ce fameux bouquet festif  (tige de palmier, cédrat, branche de saule et de myrte) Si l’on veut dire la vérité, il faut bien reconnaître que la signification symbolique de ces quatre espèces demeure inconnue ou s’est probablement perdue. Alors, les talmudistes ont suppléé à ce manque par une interprétation éthico-pyschologique en mettant au centre du débat l’unité intrinsèque du peuple d’Israël.

     

    En constituant un bouquet festif à partir de ces quatre espèces issues du monde végétal, on lie ensemble les différentes strates supposées du peuple juif ou simplement du genre humain. Le philosophe allemand Kant aurait parlé de la capacité liante du concept, ici on parle de la responsabilité collective où chaque membre du peuple d’Israël prête ce qu’il a à son frère moins bien doté que lui.

     

    Ainsi le fruit, le cédrat a à la fois une odeur et une saveur, d’autres sont inodores et insipides, d’autres , enfin, ont soit l’un soit l’autre. Mais ensemble, ils constituent un tout acceptable. Quelle belle leçon de tolérance et qui brise cette arrogance intellectuelle dont nous nous rendons parfois coupables, sans nous en rendre vraiment compte.

     

    Si je voulais en tirer une leçon d’anthropologie sociale, je dirais que nous tenons ici un bel exemple de solidarité humaine : celui qui dispose de tout doit céder un peu de ce qu’il a à ceux qui n’ont rien, ceux qui sont imparfaits doivent pouvoir compter sur ceux qui sont mieux lotis qu’eux. Et réciproquement.

     

    Un dernier exemple : le talmud évoque l’étonnement des peuples idolâtres qui reprochent à D- d’avoir scandaleusement favorisé le peuple d’Israël en le guidant et ne le gardant de tant de dangers. Le talmud dit qu’en prenant connaissance de cette doléance, Dieu partit d’un grand éclate de rire, rappelant que la soukka a été construite en plein désert qui n’appartient à personne,  et donc reste accessible à tout le monde. Ceux qui veulent s’y abriter sont les bienvenus, mais pour cela il faut la foi en D-. Le talmud souligne que jamais, au grand jamais, quelqu’un qui est en quête de D, n’est revenu bredouille. Pour la bonne raison qu’il siège au plus profond du cœur de chacun : reviens vers ton cœur et l’Eternel ton D reviendra vers toi…

     

    La Révélation eut lieu, elle aussi, dans le désert. A la portée de tous.

     

    Maurice-Ruben HAYOUN

    In Tribune de Genève du 30 septembre 2012