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Vu de la place Victor-Hugo - Page 837

  • Le duel François Hollande / Alain Juppé

    Le duel François Hollande / Alain Juppé

    Il est probablement encore difficile de départager les deux débatteurs d’hier soir, mais on peut livrer un première appréciation, susceptible d’évoluer au fur et à mesure des réactions émanant des commentateurs spécialisés.

    Il semble que François Hollande maintienne son statut provisoire de candidat favori dans l’opinion, dû au seul fait que Nicolas Sarkozy laisse encore pour quelques semaines le champ libre à son adversaire, car il veut présider le pays encore, purement et simplement.

    Cependant, le chiffrage du programme socialiste et les vigoureuses réparties d’Alain Juppé ont tout de même placé son adversaire sur la défensive. On déplore un grand absent dans le programme économique du candidat du PS, c’est la croissance, les recettes pour la faire renaître et après, la stimuler et la fortifier.

    Toutes les dépenses, et D- sait qu’il y en a, seraient, en cas de victoire de Fr. Hollande, financées par des ponctions, des redéploiements et des réaffectations. Pourquoi une telle méthode ? est-ce une attitude générale dictée par le réalisme, l’argent manquant de toutes parts, ou est-ce simplement une vieille habitude socialiste consistant à faire du social à tour de bras afin de glaner des suffrages ?

    Comment peut-on espérer relever, redresser la France en taxant toujours plus ce que l’on nomme les riches, en fermant des niches fiscales, en supprimant la défiscalisation, en instaurant des taux d’imposition à la carte, etc… ?

    On n’est plus en 1981. Cette époque là ressemble à un âge néolithique où l’interventionnisme, le dirigisme économique étaient de mise, avec un Parti Communiste surpuissant et sa courroie de transmission, la CGT, une redoutable centrale syndicale, déclenchant des grèves plus vite que la foudre…

    Il est vrai que la société française souffre de plus en plus, et à des degrés divers, mais toujours réellement. Il est vrai qu’on aurait pu avoir d’autres mesures, mais il ne faut pas tout charger sur le dos d’un seul homme qui avait commencé son quinquennat sous le signe de «travailler plus pour gagner plus»… La crise mondiale en a décidé autrement.

    Mais les deux courbes des intentions de vote ne vont pas tarder à se rapprocher et peut-être même à s’inverser. La France de 2012 doit faire face à des défis d’une autre dimension. Il faut des recettes nouvelles.

  • La ruine de l’Europe, la chute de l’Euro : retour au protectionnisme ?

    La ruine de l’Europe, la chute de l’Euro : retour au protectionnisme ?

    Sur ce continent, seules la Suisse et l’Allemagne tirent leur épingle du jeu.

    La campagne présidentielle en France promet d’être plutôt morose. Au fond, aucun des candidats déjà déclarés n’apporte de remède miracle. Et lorsque Nicolas Sarkozy se déclarera, je doute qu’il puisse révolutionner la donne existante, au regard de la situation actuelle. On commence à avoir une petite idée du programme de François Hollande : il axe toute son action autour de la récupération de milliards soustraits à des niches fiscales ! Ce qui veut dire que même les masses populaires, incultes et peu ou prou formées, ne croient plus aux promesses gratuites. Tout le monde exige désormais de savoir quel sera le mode de financement. C’est une véritable révolution populaire qui signe bien l’état d’évolution de nos sociétés.

    Un deuxième élément apparaît avec de plus en plus de netteté dans les consultations électorales, et ce, des deux côtés de l’Atlantique : même le Président Obama a insisté avant-hier sur la justice fiscale et l’idée que les riches doivent payer plus d’impôts que les pauvres et les moins aisés. Il est remarquable que cette préoccupation ait émergé dans des pays aussi différents que les USA et la France.

    Ces classes moyennes dont nous faisons tous partie ont des contours très imprécis et les sondeurs arrivent difficilement à les cerner : à partir de quels revenus annuels en fait-on partie et à partir de quels revenus en sort-on, vers le haut ou vers le bas ? Difficile à dire…

    Faut-il quitter l’Europe ? Ce serait une erreur gravissime . Faut-il saborder l’Euro ? Ce serait un suicide, ce serait foncer dans le vide en klaxonnant. Il faut, peut-être baisser le coût du travail et accepter enfin ce que personne n’ose nommer par son nom : une baisse du pouvoir d’achat des travailleurs non qualifiés et non diplômés. C’est affreux, mais je ne vois pas d’autre solution : la protection sociale ( indemnités de chômage, remboursement des médicaments et retraites à taux plein) est intenable à l’état actuel.

    Il faut réapprendre le goût du travail et retrousser ses manches. Même les politiciens professionnels n’osent plus parler d’un avenir rose. C’est dire !

  • Qui sera le prochain président de la République française ?

    Qui sera le prochain président de la République française ?

    Oui, qui sera donc le nouveau président de la République française ? Je pose la question au masculin, la candidate écologique n’ira pas jusqu’au bout et si elle venait à persister dans son projet initial, son score sera si faible qu’elle en perdrait toute crédibilité, à la fois pour elle (ce qui n’est pas une surprise) et pour son mouvement.

    Je ne pense pas, non plus, que Marine le Pen serait en en situation pour l’emporter, même si elle faisait un bon score au premier tour. Par contre, il est hautement invraisemblable qu’elle devance Nicolas Sarkozy au premier tour, alors qu’ il n’est pas du tout exclu qu’elle l’emporte face au candidat socialiste qui caracole en tête des sondages tant que l’autre porte-avions (N.S) n’est pas encore sorti du port : Fr Hollande risque de s’effondrer lorsque N.S chargera ses armes et fera feu de toutes pièces. Son statut de président sortant lui interdit de passer immédiatement à l’attaque.

    Que dire de François Bayrou ? Je note que son score a tendance à progresser au fur et à mesure que l’on se rapproche de la date du vote, mais qu’il ne transforme pas l’essai. Récemment, M. Field de LCI lui a posé la question suivante : avec qui seriez susceptible de gouverner en cas de victoire ? La réponse n’a pas été claire, le candidats centriste ayant évoqué l’existence d’une sensibilité centriste présente dans tous les partis représentés à l’Assemblée Nationale… Voire.

    Et M. Mélenchon ? Il fera un score symbolique mais qui ne sera pas dérisoire car il tient un langage qui plaît aux couches les plus défavorisées de la population, notamment aux classes moyennes les plus exposées à la crise et donc menacées par un déclassement jugée insupportable. J’ai été surpris de voir et d’entendre l’assentiment de ces gens qui louent ce parler vrai et cette gouaille populaire et anti-élites…

    Ce discours anti-élites me surprend et m’inquiète. Certes, plus que d’autres, je sais pour l’avoir personnellement subi, que les élites se reproduisent entre elles, veillent jalousement sur leurs privilèges et refusent de s’ouvrir à celles et à ceux qui n’ont pas suivi le même cursus ni opéré à travers les mêmes filières. C’est probablement un fait qui dure depuis trop longtemps et qui commence à froisser durablement et profondément les gens qui ne comprennent pas qu’il n’y ait pas plus de capillarité, de cooptation afin de donner sa chance à chacun et à renouveler les élites à l’aide d’un sang nouveau.

    Toutefois, les critiques contre nos grandes écoles ou nos grands établissements (ENA, polytechnique, HEC etc…) sont aussi injustifiées lorsque la stigmatisation se fait globalisante et dépourvue de nuances. Donc excessive.

    Roger Fauroux (qui partage mon engouement pour l’hébreu biblique) me disait un jour que si tous les énarques faisaient grève une seule journée, la France cesserait de fonctionner le jour dit… Il n’a pas tort, mais il faut aussi d’autres gens aux postes de responsabilités et dans les grands corps. Deux exemples parfaits : ni François Fillon (que j’admire) ni Nicolas Sarkozy (que j’ai toujours soutenu malgré son oubli de certaines promesses) ne sont d’anciens élèves de l’ENA… Un avocat d’affaires et un ancien assistant parlementaire dirigent la France. Ce qui prouve que le salut peut aussi venir d’ailleurs.

    Un dernier point qui concentre les critiques et que même des diplomates européens en poste à Paris m’ont confié : la France, me disent-ils, n’a pas encore vraiment quitté la monarchie, tant le système de désignations et de nominations est opaque…

    Enfin, j’en viens aux deux candidats les plus sérieux, Nicolas Sarkozy et François Hollande : Ce dernier a incontestablement réussi son premier meeting, même si les slogans et les recettes utilisés ce jour là sont d’un autre âge : on ne dit pas lors d’un tel meeting que son ennemi ou adversaire est le monde de la finance ! L’UMP s’est immédiatement engouffrée dans cette brèche et risque fort de mettre à mal le bon départ du candidat du PS.

    Et Nicolas Sarkozy ? Selon moi, et sauf accident majeur (que je ne souhaite pas) il passera dès qu’il aura fait acte de candidature. Les mesures déjà préconisées par Fr Hollande n’ont pas encore été chiffrées et je pense que le duel de ce soir avec Alain Juppé, notre excellent ministre des affaires étrangères, devrait recentrer les sondages au bénéfice du candidat de la droite. Alain Juppé, c’est la force tranquille mariée à la solidité. Quel calme, quelle fermeté, quelle assurance ! Disparus ce ton cassant et cette arrogance qui indisposaient jadis gravement ses interlocuteurs.

    Et il est heureux que Nicolas Sarkozy le laisse enfin faire.

    La partie finale se jouera sur l’Europe, l’Euro et les conflits internationaux. Sur ces trois points, le président Sarkozy a toutes ses chances. Il lui faut simplement changer un peu son caractère, mieux écouter les personnalités les plus sages de son gouvernement (au premier rang desquels Fr. Fillon, Alain Juppé et Claude Guéant), et les choses devraient bien se passer.

    En ces cinq années éprouvantes, il a beaucoup appris, mieux compris que la France était souvent ingouvernable et que l’esprit français obéit à des idiosyncrasies que l’homme politique, fût-il le plus doué ne saurait réformer.

     

    Maurice-Ruben HAYOUN, professeur à l’UNI de Genève

    Tribune de Genève du 25 janvier 2012.