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Vu de la place Victor-Hugo - Page 836

  • L’interview télévisée de Nicolas Sarkozy

     

    L’interview télévisée de Nicolas Sarkozy

    Je ne sais plus qui dénonça jadis, le premier, le fameux pacte politico-médiatique, soulignant par là le caractère peu sacré de cette union entre les acteurs politiques, dûment mandatés par la nation, et les commentateurs qui réussissent à créer l’événement et à l’imposer contre vents et marées.

    Je n’entends pas par là amoindrir l’importance ni la qualité de l’intervention d’hier, mais simplement dire que de contre-pouvoir la presse est devenue un pouvoir tout court et que cette évolution est néfaste, ou pour parler comme les Allemands, promus depuis hier soir nos maitres à penser et nos références indiscutables (ce que je répète moi-même à l’longueur d’articles depuis des années) : unheilig. Voilà pour le préambule.

    Nicolas Sarkozy a bien parlé hier soir, il a changé ou a voulu donner cette impression, mais pourquoi ne pas le croire ? Il a maintes fois cité le Premier Ministre, et aussi le gouvernement, éveillant ainsi l’impression que les facteurs politiques sont plusieurs et qu’on a quitté la monarchie depuis quelque temps ; il a détaillé les mesures à prendre, peut-être même un peu trop, puisque les précisions, utilement recherchées, pourraient passer nettement au-dessus de la tête des Français dont il espère qu’ils vont lui apporter leurs suffrages en découvrant qu’il s’occupe d’eux concrètement.

    J’ai relevé la référence à l’authenticité et à la sincérité, voire même cette petite réflexion un tantinet philosophique sur la vérité et ses figures…

    N’étant pas économiste je ne parlerai pas de la fameuse TVA sociale (si mal nommée, selon le président), ni de la taxe sur les transactions financières, ni même de la baisse des prélèvements, même si cela représente un aspect majeur de l’avenir économique de ce pays.

    Non, ce qui m’intéresse, à plus d’un titre, c’est la relation à l’Allemagne, promue au rang de modèle et devenue une sorte d’horizon insurpassable. Ce n’est pas le philosophie-germaniste, auteur de ces lignes, qui va s’en plaindre, cela fait bien longtemps que je répète la nécessité pour les Français de quitter un peu cette mentalité de jouisseur pour se soumettre enfin aux sacrifices lorsqu’ils se révèlent incontournables. Je n’aime pas beaucoup le maréchal Pétain mais j’ai bien apprécié, à travers les livres d’histoire, ce qu’il disait à propos de l’esprit der jouissance, opposé à l’esprit de sacrifice. La France doit enfin se réveiller et se mettre à l’heure allemande. Je sais bien qu’il ne faut pas le dire aussi brutalement, je sais tout aussi bien que sur certains plans, l’Allemagne devrait elle aussi nous imiter. En revanche, aujourd’hui nous devons, nous, changer…

    Je me souviens encore de cet important conseiller de l’Elysée, si proche collaborateur du chef de l’Etat qui, me recevant dans bureau, s’étonna, de prime abord, de ce qu’il nomma mon tropisme germanique… C’est dire combien d’efforts restent à fournir !

    Je n’entends pas par là que la culture allemande est supérieure à la culture française, je ne dis pas qu’il fait mieux vivre à Berlin ou à Munich que dans nos provinces ou à Paris (dont raffolent tous les diplomates allemands que j’ai connus), je dis simplement que les Français doivent cesser de rêver la réalité et comprendre que les situations économiques et financières sont ce qu’elles sont. On ne les changera pas par des incantations.

    Les références à l’Allemagne et à sa gestion économique et financière m’ont donc beaucoup plu, mais cela ne résout pas le problème : le président ne nous a pas dit comment on transforme la mentalité française en mentalité allemande. L’histoire des Gaulois n’est pas vraiment identique à celle des Germains. Clémenceau et Poincaré ne donneront jamais Bismarck qui avait fait afficher cette terrible pancarte dans toutes les salles classe de l’empire l’homme n’est pas sur terre pour être heureux mais pour accomplir son devoir ; Der Mensch ist nicht auf Erden um glücklich zu sein, sondern um seine Pflicht zu tun.

    Même au plan intellectuel et culturel, en général, la germanisation de la France n’est pas envisageable. Par ailleurs, l’Histoire nous offre l’exemple inverse : ce sont nos académiciens et nos encyclopédistes qui ont animé la vie intellectuelle de Berlin au cours du XVIIIe siècle. Et l’exemple le plus frappant n’est autre que celui du roi Frédéric II dont la francophilie le poussait, nous dit-on, à ne parler allemand qu’à son… cheval !

    C’est ce rattachement à l’Allemagne qui me paraît le fait le plus important de l’intervention du chef de l’Etat hier. Certes, certains commentateurs politiques dénonceront cette mise à la remorque de l’Allemagne, surtout après la perte du triple A…

    Le chef de l’Etat a changé. Je me souviens que lors de son bref passage à Bercy, ses plus proches conseilleurs commençaient à émettre l’idée de remplacer le couple franco-allemand par un tandem franco-britannique. C’était un peu plus d’un an avant l’élection présidentielle. Les choses ont changé depuis cette époque..

    Mais hier, le chef de l’Etat a parlé vrai, il a dit les choses comme il devait le faire. Il a insisté sur les charges qui lui incombent, notamment ne pas cesser de s’occuper de la France pour ne s’occuper que de la campagne électorale. Il a placé les intérêts du pays avant les siens propres.

    C’est très méritoire, mais il ne faut pas qu’il tarde trop à se déclarer. Le facteur temps est crucial. Et même si Aristote disait dans sa Physique que le temps n’existe pas au fond, puisqu’il est le nombre du mouvement, mais que c’est la durée qui compte, le temps politique, lui, n’attend pas et ne soucie guère de toutes ces subtilités.

    Nicolas Sarkozy doit se déclarer vite, car la nature ne change pas : elle a toujours horreur du vide.

    Maurice-Ruben HAYOUN

    TDG du 30 janvier 2012

  • LA SUISSE ET L’UNION EUROPEENNE

    LA SUISSE ET L’UNION EUROPEENNE
    Ce titre pourrait étonner, tant j’ai pour habitude de ne pas faire du nombrilisme helvétique, mais d’élargir les centres d’intérêts afin d’entendre battre le cœur du vaste monde : Proche-Orient, révolutions arabes, politique des USA, religion, philosophie etc…
    Et si j’évoque brièvement ce thème, celui des relations entre l’ilôt suisse et le vaste océan européen, c’est parce que cette confédération a fait le bon choix en refusant de s’intégrer dans un magma dont personne ne sait à quoi il ressemblera demain. Un certain nombre de points militent, hélas, dans ce sens :

    a)    les graves incertitudes économiques et monétaires : la Suisse a une monnaie forte, qui reflète la vraie richesse du pays et a même servi de valeur refuge lorsque l’Euro fut sérieusement attaqué. Partant, intégrer la zone Euro ressemblerait au mieux à de la folie, au pire à un véritable suicide.
    b)    L’absence d’une gouvernance économique en Europe : la Suisse est une confédération, mais les dossiers les plus régaliens, dirais-je, dépendent de Berne et non de Genève ou de Zurich. Aujourd’hui, l’Europe a une monnaie commune mais c’était folie de vouloir faire marcher l’Allemagne  et la Grèce (ou le Portugal et l’Espagne, ou l’Italie, voire même la France) au même pas.
    c)    L’immigration et l’insécurité : venant à Genève par le train ou par la route presque chaque semaine, je me rends compte du nombre de douaniers et de policiers qui contrôlent les entrées dans le pays. L’Europe est malheureusement ouverte aux quatre vents, ce qui, dans la situation actuelle, renforce le réflexe sécuritaire et renfloue au plan électoral les partis extrémistes…
    d)    La crise économique : l’intervention télévisée du chef de l’Etat français, ce soir, montre à l’envi, l’extrême fébrilité qui s’est emparée des citoyens des pays européens, en attente d’une élection importante. Et on se demande si la montagne ne va pas accoucher d’une souris.

    La Suisse serait donc bien inspirée à conserver son statut d’îlot de sécurité, d’indépendance et de prospérité (relative) dans cet océan houleux qu’est devenue l’Europe des vingt-sept.

  • Les regrets de Nicolas Sarkozy

    Les regrets de Nicolas Sarkozy

    Les grands hommes politiques sont-ils crédibles lorsqu’ils confessent leurs erreurs et leurs fautes ? Seront-ils plus crédibles, plus fiables et plus sincères ? Je ne sais que penser mais je dois bien reconnaître que même dénuée d’arrière-pensées politiques, cette confession du chef de l’Etat ne laisse pas de me surprendre. Et tous ceux qui me lisent dans ce journal depuis plus de cinq ans, savent que je l’ai, à une ou deux exceptions près, toujours très bien traité, non seulement eu égard à ses fonctions éminentes (cf. Ernst Kantorowicz, 1895-1963 et sa thèse des deux corps du roi) mais aussi en raison d’une réelle admiration et d’une grande proximité avec certains de ses plus fidèles lieutenants, encore à ses côtés.
    En plus de ses sempiternelles apparitions à la télévision qui en firent le président le plus cathodique de la Ve République, de l’hyper président qui ne laissait pas respirer son Premier Ministre, le qualifiait publiquement de collaborateur avant d’en arriver à une bien meilleure appréciation de la situation, Nicolas avait commis une grave faute d’appréciation concernant son propre fils. Un enfant peut se tromper, un père ne le doit jamais, car il est censé guider son fils. C’est peut-être l’aspect le plus émouvant et le plus sicnère de cette confession publique.
    Alors faut-il admettre en sa créance cette petite confession du chef de l’Etat ? Pourquoi pas, à condition qu’il tire les enseignements de ce qu’il qualifie lui-même comme ses propres erreurs, au premier rang desquelles se trouvent certaines nominations. Je ne parle pas ici des nominations à de hautes fonctions, je parle précisément de l’entrée au gouvernement de certaines personnes qui n’auraient jamais dû en faire partie.
    Comme il s’agit notamment de deux ou trois dames, et qui plus est, de gens issus de l’immigration, de minorités dites visibles ou de la diversité (deux termes que j’abhorre tant ils sont maladroits et constituent une sorte de stigmatisation), je n’aurai pas la cruauté de pointer du doigt leurs insuffisances… Mais ce qui est, à mes yeux, l’abomination de la désolation (livre biblique de Daniel), c’est l’interférence du politico-familial dans la constitution d’un gouvernement.
    La politique est vraiment un art très difficile qui ne s’apprend ni à l’ école ni dans aucun livre mais que seuls quelques hyper doués réussissent à maîtriser, mais jamais complètement : voyez de Gaulle, voyez Churchill, plus proche de nous Margaret Thatcher. Tous furent renvoyés à la maison en dépit de grands, voire de très grands services rendus…

    Changer la politique reviendrait à changer l’être humain, chose absolument impossible, relevée par Platon et Aristote, et bien avant eux par la Bible. Mais ne soyons pas trop rigoureux, la vie l’est déjà assez avec ces hommes et ces femmes qui entendent nous gouverner.

    La Bible dans son livre des Proverbes relevait déjà il y a plus de 2250 ans ceci : Celui qui dissimule ses fautes ne réussit pas. Mais celui qui
    les confesse et les délaisse trouve de la compassion » (Pr 28 :13)

    J’approuve entièrement mais ce n’est pas là la meilleure recette pour gagner l’élection à la présidence de la République. Or, tel est bien l’enjeu.

    Maurice-Ruben HAYOUN
    TDG du 28 janvier 2012