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Vu de la place Victor-Hugo - Page 982

  • Le Président Obama désavoué par son propre envoyé spécial en Egypte

     

    Le Président Obama désavoué par son propre envoyé spécial en Egypte

     

    C’est rarissime : pour la première fois dans l’histoire de la diplomatie américaine, un brillant diplomate de carrière transmet aux télévisions du monde entier des vues opposées à celle de celui qui l’a désigné pour cette mission en Egypte. En effet, l’envoyé spécial de M. Obama vient de faire volte face en prenant position contre les vues de son mandant.

    Alors que M. Obama optait pour une transition rapide et la mise à la retraite d’office du président Moubarak, l’envoyé spécial a dit devant les télévisions du monde entier (voir France 24 ce matin même) que c’était au Président Moubarak qu’il incombait de rester jusqu’en septembre pour préparer une transition en bon ordre et partir dans l’honneur et la dignité. En fait, le grand diplomate américain a repris mot pour mot l’argumentaire du président égyptien et de la haute hiérarchie militaire : le Président Moubarak a, dit-il, servi son pays pendant plus de soixante ans, il a préservé la paix, redonné à son pays sa place dans le monde. Pourquoi le chasser comme un indigne ?

    La réaction du Département d’Etat ne s’est pas fait attendre : le diplomate n’a parlé qu’en son nom propre, ses propos n’engagent que lui. Mais, jusqu’à plus ample informé, le diplomate n’a pas été rappelé ni déchargé de sa mission.

    Par delà les fautes d’appréciation du chef d’Etat américain, ce qui se passe en Egypte est plus grave qu’il n’y paraît. De la solution de la crise actuelle dépendront la paix et la stabilité dans la région. On comprend, malgré tout, l’agitation fébrile des USA : toujours cette obsession que le pourrissement ne donne naissance à un régime à l’iranienne. D’ailleurs, le Guide suprême iranien a, dit-on, appelé le chef des Frères musulmans, pour lui suggérer d’accélérer l’inauguration d’un régime comme en Iran. L’Egyptien a évidemment refusé, sachant bien qu’il était écouté et qu’il risquait de graves ennuis s’il divulguait son agenda secret…

    Si l’on regarde les choses d’un peu plus près, on relève qu’avec un peu de patience, la crise se résout graduellement et que le Vice Président pousse tranquillement ses pions sans heurter personne : le président Moubarak, rongé par la maladie et profondément meurtri par le rejet dont il est victime, pourrait fort bien se retirer dans son palais de Sharm El-Cheik tout en conservant l’apparence du pouvoir tandis que Omar Suleyman serait à la manœuvre au Caire…

    C’est tout de même curieux que le Pr Obama n’ait pas eu une telle idée, alors que son envoyé spécial pavait la voie à une telle solution qui a le double mérite de ménager la dignité d’un vieil homme souffrant et de promouvoir une sortie de crise sans heurts graves.

  • L’envolée des prix des matières agricoles : vers des émeutes de la faim ?

    L’envolée des prix des matières agricoles : vers des émeutes de la faim ?

    C’est hélas ce que redoute depuis quelques semaines la FAO qui assiste, impuissante, au renchérissement des denrées alimentaires de base : céréales, sucre, etc. Que va-t-il se passer et comment s’explique cette hausse continue et qui ne semble pas fléchir dans les mois qui viennent ?

    Il y eut d’abord les catastrophes climatiques, les incendies en Russie, les inondations en Australie, la hausse du prix du pétrole etc…

    Le monde n’a vraiment pas de chance : il sort d’une crise pour plonger dans une autre, un peu comme le navire qui va de Charybde en Scylla.

    Imaginez ce qui risque de se produire, même en Egypte, si les émeutes devaient se poursuivre et l’activité économique se ralentir toujours plus au point de passer à la paralysie complète : comment nourrir toute cette population ? Certes, de ses greniers à blé, l’Amérique pourra par un pont aérien déverser sur le marché égyptien, du blé, de l’orge et toutes sortes d’autres céréales. Mais voilà, ce pays ne sera pas le seul touché. En plus de ces pauvres pays d’Afrique, victimes habituelles de maux endémiques, il y a, pour ne citer qu’elle, la petite Jordanie où les troubles ont commencé pour dénoncer la vie chère. Et aussi la Tunisie dont les manifestants ne demandaient que de l’eau, du pain et du travail…

    A l’évidence, notre temps requiert une gouvernance économique mondiale. Bientôt, il faudra veiller sur les denrées alimentaires comme on surveille le lait sur le feu. Mais certaines grandes puissances ont bien pris la mesure de ce phénomène : voyez la Chine qui achète un peu partout le moindre champ de céréales pour en récolter la moisson et engranger chez elle des denrées alimentaires. Inversement, cette boulimie d’achats risque de provoquer l’arrivée prochaine d’une pénurie et entretient aussi un niveau élevé des prix.

    Quand les crises menacent, des concours de circonstances défavorables en accentuent les déséquilibres.

  • L’ingérence impardonnable du Pr Obama, selon les Egyptiens

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    L’ingérence impardonnable du Pr Obama, selon les Egyptiens

     

    Au vu des derniers développements, les commentateurs se disent presque tous que le Pr Obama a perdu le capital de sympathie dont il disposait chez les Arabes en raison de son ingérence grossière dans les affaires intérieures de l’Egypte. Comment en est-on arrivé là ?

    Comme on le remarquait dans une précédente note, la phobie, l’obsession des Américains est la perte du plus puissant allié dans le monde islamique et, par voie de conséquence, l’émergence d’un second Iran : toute la stratégie américaine n’y résisterait pas et l’US Army serait contrainte de faire la guerre. Ce dont personne ne veut. Et on comprend cela très bien.

    Barack Obama qui confond souvent les grands principes avec les dures conditions de la Realpolitik s’est imaginé que son seul discours du Caire (justement, quelle coïncidence !) suffirait à lever les inhibitions d’un monde arabo-musulman replié sur lui-même, ruminant ses humiliations passées et appelant de ses vœux et de ses feux une étincelante revanche sur les puissances occidentales. Laquelle tarde à venir…

    On peut comprendre ce ressentiment même si on peut tout faire avec du ressentiment sauf une politique.

    Le Pr Obama a osé s’adresser directement au peuple d’Egypte, par dessus l’épaule de ses dirigeants, ceux-là même qui se sont conduits en alliés fidèles des USA depuis plus de trois décennies ! On imagine la rancœur du Pr Moubarak, vexé de se voir rejeté comme un pestiféré et sommé comme un vulgaire sous fifre de s’en aller ; le tout pour que l’actuel président US passe aux yeux de l’opinion publique égyptienne comme le défenseur de ses droits humains et démocratiques… Le calcul de M. Obama était simple : montrer aux Egyptiens que les USA sont leurs amis, qu’il ne faut pas en changer et qu’un Iran second ne doit jamais voir le jour dans la région. Mais il n’a pas choisi le meilleur instrument pour arriver à ses fins. L’Egypte n’est pas un protectorat US m$eme si les subsides des Américains lui permettent de maintenir la tête hor de l’eau et d’équiper son armée…

    Naïf, le Pr Obama a pensé qu’il pourrait cajoler la haute hiérarchie militaire du Nil et la détachait ainsi du Pr Moubarak. Erreur, erreur fatale. Le vieux président s’en est rendu compte et a opposé plus de résistance que prévu. En Egypte, l’armée c’est le pouvoir et le pouvoir c’est l’armée.

    Evidemment, je déplore que le pouvoir ait lancé ses nervis contre de pauvres gens qui manifestaient pacifiquement et qui, somme toute, ne le menaçaient guère. Un vieux briscard de la politique française en Afrique, habitué aux coups d’Etat, me disait qu’un coup bien mené aboutit avant le coucher du soleil, sinon ses auteurs sont appelés soit à fuir comme des pleutres soit à se balancer au bout d’une corde.

    Et que se passe-t-il ? Le ministre de la défense, aussi Vice Premier Ministre, est allé voir les manifestants qu’il caressa dans le sens du poil leur disant que le Président avait promis de partir au terme de son mandate et de ne pas se représenter… Et en conséquence, il les pria de s’en retourner à la maison.

    Et les Américains ne comprennent pas cela ; croyant qu’ils ont affaire à des gens comme eux. Mais depuis le début l’armée joue sur plusieurs tableaux car si elle avait voulu se défaire du président, croit on le chef d’Etat major aurait accepté de rentrer au gouvernement ?

    Bref, en raison des maladresses répétées du Pr Obama, l’antiaméricanisme prend forme en Egypte et c’est cela qui est très grave. Aucun autre gouvernement ne s’est conduit de la sorte, pas même l’ONU. Or, les Egyptiens tiennent par dessus tout à leur dignité et à leur indépendance. Même les membres de l’élite qui doutaient de M. Moubarak se rassemblent autour de lui.

    C’est à se demander de quel côté de l’Atlantique se trouvent les grands hommes d’Etat… Il est temps que l’Amérique renoue avec la vieille et glorieuse tradition des Truman, Roosevelt et Eisenhower.