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Vu de la place Victor-Hugo - Page 984

  • Etranger dans la ville

    Etranger dans la ville

    A peine descendu du train, l’homme fut en proie à de sombres pensées. Il était venu dans cette gare chaque semaine durant de nombreuses années. Et puis, tout s’arrêta, plus personne ne le reconnaissait, ni ne savait qui il était. Ou plutôt qui il avait été. Tous ceux en qui il avait jadis pleine confiance étaient fuyants ou ne répondaient même plus à ses appels. Visiblement, il ne comptait plus du tout tandis que ceux qui l’avaient, au cours de toutes ces années, admiré, voire adulé, même publiquement, considéraient qu’il était désormais embarrassant. Le magistrat de la cité, jadis si obséquieux et dévoué en apparence, ne voulait même plus le recevoir… Et ce n’était pas faute de l’avoir peu sollicit

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  • LES ETATS UNIS, L’EGYPTE ET ISRAËL

    C'est effectivement une trilogie qui est à l'œuvre dans l'épreuve que traverse l'Egypte. Ou plus exactement la haute hiérarchie militaire égyptienne dont le chef d'Etat-Major est précipitamment rentré de Washington où l'avaient conduit des mises au point entre alliés. Car, depuis fort longtemps, les USA sont implantés en Egypte dont ils soutiennent le régime et équipent l'armée.

    Durant la nuit, le président Moubarak a pris la parole et il y a fort à parier que les USA ont co-écrit son discours. Cela n'a rien d'étonnant car les USA ne peuvent se permettre de perdre l'Egypte, pivot de leur politique au Proche Orient, aux côtés, évidemment, de l'Arabie Saoudite.

    Une petite remarque avant de poursuivre : l'actuel locataire de la Maison Blanche a enfin compris, à la suite de tant de crises, combien il était difficile de traiter avec de tels gouvernements, imprévisibles, anti-démocratiques et généralement corompus, ne faisant pas le départ entre le bien public et leurs intérêts personnels. En d'autres termes, des clans fermés qui gouvernent sans se soucier de la vie des peuples. M. Obama a enfin compris la situation, ce qui explique probablement qu'il ait définitivement renoncé à exercer la moindre pression sur son fidèle allié israélien, état démocratique, bien formé et disposant d'une puissante armée. Donc à l'abri de mauvaises surprises.

    Partant, l'aventure égyptienne se joue à trois : la principale intéressée, l'Egypte, mais aussi son puissant protecteur les USA et enfin, le partenaire incontournable, Israël. Le pays des Pharaons est le plus puissant et le plus prestigieux des pays arabes. Sous la fardeau de la dette et de maigres moyens, ce pays a enfin compris, après de tentatives infructueuses, qu'il fallait mettre un terme à l'état de belligérance avec l'Etat juif. Il a donc signé une paix un peu froide, mais une paix tout de même, avec son voisin. Enfin, en guise de récompense, il a reçu de l'armement et de nombreux avantages. En Egypte, depuis la révolution des officiers libres, c'est l'armée qui dirige. Et les USA ont obtenu d'elle qu'elle ne lâche pas le président Moubarak, issu de ses rangs, trop brutalement. Mais il est évident que c'est elle qui veillera à ce que le pays ne tombe pas en de mauvaises mains. Car toute la crédibilité des USA dans la région serait en cause : que penseraient les gouvernements de la Jordanie, de l'Arabie et de l'Irak, si les USA ne surveillaient pas la situation et ne parvenaient pas à imposer leurs vues en Egypte alors qu'ils disposent de tant d'atouts dans ce pays ?

    C'est le message que l'ambassadrice des USA au Caire a transmis à Mohammed Al-Barradei qui s'apprêtait à tirer les marrons du feu et se voyait déjà à la place du président Husni Moubarak. Du traitement de ce dernier par les USA dépendra l'avenir de leurs relations avec le monde arabe. Si les USA se révèlent être un allié peu stable, qui pourrait continuer à leur faire confiance ? Le spectre de Jimmy Carter tournant le dos au Chah d'Iran, une semaine après l'avoir rencontré à Téhéran, hante les esprits. Il y a des limites à la Realpolitik.

    Car l'Iran veille et souhaite ardemment que les autres pays islamiques fassent défection et le rejoignent. M. Obama n'a probablement pas lu le Général de Gaulle qui écrivait justement, vers l'Orient compliqué, je voguais avec des idées simples. Désabusé, il constate avec amertume que le discours prononcé au Caire n'a eu aucune retombée positive. Dommage.

     

  • L'armée lâche Husni Moubarak

    V

     

     

    L’imminent départ du président Hosni Moubarak

     

    Etant à Genève pour assurer mes obligations, je n’ai pu alimenter le blog, ce dont vous voudrez bien m’excuser. La situation en Egypte que j’ai pu suivre depuis Genève sur Al-Djazira et Al-Arabya évolue toujours dans le même sens. Mais les Egyptiens éduqués et cultivés savent agir dans la nuance : ainsi l’armée égyptienne a affirmé solennellement par la voix de son porte parole qu’elle ne tirerait jamais sur les manifestants dont les revendications lui semblent légitimes : c’est que l’armée, tout en ne condamnant pas le régime de Moubarak qui l’a choyée, prend ses distances. En fait, l’armée pense déjà à l’après Moubarak.

    Les historiens et les sociologues disserteront sûrement à perte de vue sur ce qui s’est passé, en réalité. Ce fut un ras le bol généralisé, le raïs étant malade, trop vieux et usé par trois décennies de pouvoir absolu. L’armée avait déjà décroché lorsqu’elle fit savoir qu’elle n’accepterait pas le fils Gamal Moubarak. Le raïs avait tenté de la contourner et voilà le résultat.

    Ce qui pose problème à présent, c’est ce qui va se passer après le départ de Moubarak. L’armée ne permettra jamais aux Frères Musulmans de venir imposer leur dictature anti-démocratique et fanatique… Allez demander aux Coptes (près de huit millions en Egypte) ce qu’ils pensent des Frères musulmans…

    Il y a une réaction des Iraniens qui brille par son incroyable cynisme : alors que le régime des Mollahs n’a pas hésité à faire tirer sur la foule des manifestants, son ministre des affaires étrangères se félicite des événements en Egypte où l’armée, précisément, ne tire pas et respecte les droits civiques des citoyens. Ce que la république islamique ne fait pas.

    Mais les Egyptiens sont un peuple mature qui sait où se trouvent ses vrais amis. Il ne choisira pas l’aventure, ce qui ramènerait l’Egypte trente ans en arrière et la ruinerait encore plus, si elle quittait le camp des USA et cherchait noise à son puissant voisin.

    Souhaitons que la transition se fasse en bon ordre.