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Vu de la place Victor-Hugo - Page 823

  • Pourim ou la défaite du premier antisémite de l’Histoire

    Ce soir la fête juive de Pourim ou la défaite du premier antisémite de l’Histoire

    En effet, ce soir s’achève le jeûne commémoratif de la reine Esther dont parle le rouleau du même nom, qui institue la fête de Pourim, une fête non prescrite par le Pentateuque, donc non-mosaïque, mais très prisée par les communautés juives, depuis son instauration. C’est un peu le carnaval juif, les rues de Tel Aviv et de Jérusalem sont exubérantes de joie, les enfants des écoles se déguisent, tout le monde est content, les enfants reçoivent des cadeaux… Bref, c’est l‘une des rares fois où le sérieux judaïsme reste au vestiaire !

    Pourquoi un jeûne avant les festivités ? C’est que la reine Esther, belle jeune fille juive devenue reine de Perse (devinez le contexte actuel de cette célébration avec Ahmaninedjad) apprend par son oncle Mardochée que le premier ministre, le méchant Haman veut exterminer tous les juifs de ses provinces. Son oncle lui demande de casser le funeste décret en intervenant auprès de son impérial époux, ce qu’elle consent à faire mais demande, au préalable, que tous les juifs de la capitale perse, Suze, se soumettent à une journée de jeûne et de contrition afin que D- lui soit propice et favorise la requête qu’elle doit adresser au roi.

    Curieux roman que cette affaire qui s’est introduite dans la tradition scripturaire hébraïque depuis des temps immémoriaux et qui pose, de manière romancée et partiale, le problème qui a toujours accompagné le peuple juif, celui de l’antisémitisme ou de la judéophobie.

    Le rouleau d’Esther se présente de la manière suivante : un puissant monarque, roi des Perses et des Mèdes, dirige 127 provinces, pas une de moins. Il donne une fête somptueuse que l’auteur hébraïque décrit avec force détails : vaisselle en or, nourriture et surtout boissons alcoolisées abondantes, et pour finir, lorsque le roi est de très bonne humeur, il ordonne à son épouse, la reine, de venir se produire (littéralement) devant ses invités afin que tout le monde puisse admirer sa beauté. Je me demande ce que ce roi, nommé Assuérus, avait à l’esprit en donnant un tel ordre à sa chaste épouse, mais toujours est-il que la reine refuse de se donner en spectacle, et sa désobéissance provoque la grande colère du roi.

    Quand il reprend ses esprits, il réunit son conseil qui décide de chasser la reine (et probablement de la faire exécuter) et lance un vaste concours pour lui trouver une remplaçante.

    Et c’est là que le roi Assuérus jette son dévolu sur la belle Esther, une jeune fille juive qui cache son appartenance religieuse, à la demande de son oncle Mardochée. Devenue reine, elle apprend le complot que Haman trame contre son peuple et réussit, avec l’aide du Ciel, à le déjouer et à faire condamner le méchant qui est pendu ainsi que l’ensemble de sa famille…

    En fait, c’est une belle histoire qui a plusieurs implications :

    a) les auteurs ont voulu montrer que l’on pouvait vivre en bon juif à l’extérieur des frontières du royaume d’Israël, voire même accéder à la royauté, ce qui n’est pas rien. C’est donc une novellæ de l’exil, une sorte de billet adressée aux frères restés dans la mère patrie pour leur dire que la vie est tout aussi agréable à l’extérieur qu’à l’intérieur du royaume juif.

    b) On a un autre exemple biblique du même genre : l’histoire de Joseph, vendu comme esclave par ses frères et devenu vice-roi d’Egypte, ayant épousé la belle Asénét, la fille d’un prêtre local, et qui lui donna deux fils, Manassé et Ephraïm. Même topo, même message que le rouleau d’Esther : on peut rester juif et réussir, en dehors des limites du territoire. Encore un plaidoyer en faveur de la vie en diaspora.

    c) Le troisième enseignement, le plus important, peut-être, est que l’antisémitisme peut jaillir à n’importe quel moment et n’importe où, un peu comme un violent orage après un grand ciel bleu… Mais la leçon est la suivante : avec un peu d’intelligence (le complot de Mardochée, la participation d’Esther) et surtout le concours divin (le jeûne et les prières) on peut réduire à néant le funeste décret…

    Ce rouleau exprime aussi le wishfull thinking de l’ancienne théologie juive qui veut croire en une défaite de l’antisémitisme et de ses promoteurs : car le motif invoqué par le Premier Ministre Haman, premier antisémite violent (i.e. génocidaire) de l’Histoire, est la différence, l’altérité incarnée par les juifs qui ne sont pas comme les autres. D’où sa volonté de les exterminer.

    Le célèbre spécialiste allemand de la Rome antique au XIXe siècle, Théodore Mommsen, un historien protestant cher à mon cœur, a écrit ceci : en apparaissant pour la première fois sur la scène de l’histoire mondiale, Israël n’était pas seul, il était accompagné d’un frère jumeau… l’antisémitisme !

    C’est bien vrai et l’ancien grand rabbin d’Israël, Rabbi Ovadia Yossef, avec lequel je ne suis pas toujours d’accord mais que j’assure de ma très respectueuse considération, a dit avant-hier que la Perse a un nouveau Hamman, qui se nomme aujourd’hui Ahmaninedjad…

  • Israël, les USA et l’Iran

    Israël, les USA et l’Iran

    En apparence, mais en apparence seulement, des divergences semblent se faire jour entre la voie à suivre concernant l’Iran. Il n’est pas sûr que cette apparence soit soutenue par des effets solides. Les USA et Israël sont si proches et si solidaires militairement que L’Iran aurait tort de croire qu’il peut mener ses petites affaires à l’abri de toute attaque.

    Il faut bien cerner la personnalité de Benjamin Netanyahou. Certes, ce n’est pas un intellectuel même si son père, centenaire, a été un excellent professeur de philosophie médiévale juive. Il a écrit une thèse (encore rééditée) sur Isaac Abrabanel, philosophe juif et homme d’affaires, contemporain de l’expulsion des juifs d’Espagne en 1402. Benjamin Netanyahou est surtout un homme d’action et un militaire, même s’il n’a pas aussi bien réussi dans l’armée que Ehoud Barak.

    Il n’est donc pas du tout exclu qu’il se lance seul dans l’aventure, sans l’aval, mais avec l’appui discret des USA, lesquels ne peuvent pas, pour l’instant, déclencher la foudre contre la république islamique laquelle a déjà fait savoir qu’en cas d’attaque, elle s’en prendrait aux intérêts US dans la région.

    Alors, à qui a servi cette visite officielle de Benjamin N. aux USA ? Probablement à mettre la dernière main à une stratégie restée secrète qui combinera sûrement des sanctions économiques et des actions subversives.

    J’écoutais hier soir une télévision satellitaire arabe qui croyait savoir qu’Israël envisageait de déclencher une attaque grâce à des drones predators. Qui sait ? On sait seulement qu’Israël est très avancé dans ce domaine et qu’il n’a pas tout dit concernant cet aspect des choses..

    Attendons pour voir car il n’est pas exclu que les sanctions économiques accomplissent enfin leur effet.

  • De l'abattage rituel

    DE L’ABATTAGE RITUEL
    Qui aurait pu prédire que ce thème ferait la une des journaux et de la campagne présidentielle en France ? Alors que la crise économique fait rage, que la Grèce n’est pas encore sûre de sortir la tête hors de l’eau et que l’avenir de l’Euro demeure incertain, quoiqu’on en dise, l’opinion française voit un problème absolument inédit entrer dans la campagne électorale : l’abattage rituel.

    Connaissant ces choses de l’intérieur, je vais tenter de cerner le sujet le plus objectivement possible. Et d’abord une brève rétrospective : c’est Marine qui, la première, a cru bon de signaler que l’on consommait de la viande halal sans le savoir et que c’était là la preuve d’une islamisation souterraine et imperceptible de la France. L’idée en tant que telle et non point ce qu’elle induisait fut reprise par le ministre de l’Intérieur et, pour finir, par le président-candidat Nicolas Sarkozy. Je laisse aux experts en campagne électorale le soin de discerner les arrière-pensées politiques (s’il en existe) et de décrypter les véritables enjeux, pour m’en tenir au fond du problème.

    Qu’est-ce l’abattage rituel et d’où vient-il ?

    Dans l’histoire de l’humanité monothéiste, ce sont les juifs qui ont, les premiers, mis cette idée en pratique, même si on n’en trouve pas de trace explicite dans le Pentateuque, réputé être les cinq livres de Moïse et contenant la partie juridico-légale de la Bible.

    Cette idée d’abattage rituel est aussi intimement liée à la notion et à la pratique de culte sacrificiel : les anciens rites d’adoration des divinités avaient pour centre de gravité l’offrande d’animaux qui étaient soit purement et simplement mis à mort en hommage à la divinité dont on sollicitait la protection et les faveurs (fécondité, récoltes abondantes, campagnes militaires victorieuses, guérisons des maladies, etc), soit entièrement brûlés, c’est-à-dire offerts en holocauste. Dans le premier cas, la viande était consommée par les prêtres du service ou la caste sacerdotale (du temple de Jérusalem, par exemple) et dans le second cas, comme on l’a dit, partaient en fumée.

    Je rappelle que le culte sacrificiel n’était pas originellement hébraïque mais fut importé de Babylonie ou, plus tôt encore, de Mésopotamie. L’offrande d’animaux ne semble pas avoir été la règle générale puisque certains sacrifices offerts à la divinité étaient constitués de céréales, de vin et d’huile. Ce n’est que plus tard que les scribes, acquis aux sacrifices dits sanguinolents, introduisirent dans les récits les plus anciens de la Genèse (Noé sortant de l’arche et Abraham) un rite sacrificiel proprement dit, impliquant d’immoler des bêtes.

    Immoler des bêtes, soit, mais comment devait s’effectuer cette mise à mort ? C’est alors qu’on songea aux règles de l’abattage rituel qui sont le résultat d’un mélange complexe de plusieurs tabous et interdits. Et le fruit de l’exégèse ra    bbinique. Il y a tout d’abord les recommandations archaïques (ce terme pris dans son sens grec originel) du livre de la Genèse où la consommation du sang est prohibée car, y lisons nous, le sang est l’âme. En fait, il faut traduire : le sang est la vie…

    Ensuite, dans le livre du Lévitique, né très probablement en Babylonie et authentique produit de l’exil après la chute du premier temple, il y a un verset biblique où Dieu est censé dire à Moïse de lui offrir des sacrifices, comme je te l’ai recommandé. C’est de ce bout de verset que les sages du Talmud ont déduit les règles compliquées de l’abattage rituel qui reposent sur deux critères : ne pas déchiqueter un animal car cela s’apparente à une pratique inutile de la cruauté et ne pas consommer son sang. D’où la nécessite de consommer une viande exsangue. Au besoin, en l’immergeant toute une nuit dans un bassin d’eau salée…

    Les sages du talmud qui n’étaient ni des vétérinaires ni des chimistes, ni même des adhérents de la SPA, mais qui avaient conscience d’agir selon les recommandations divines, ont pensé que le couteau, et donc l’égorgement, étaient la meilleure façon (si je puis dire) d’immoler les animaux pour les sacrifices. Et si cela valait pour les offrandes à la divinité, à fortiori cela devait convenir à la consommation courante, quotidienne des humains.

    C’est ainsi que naquit la notion de viande cacher et le substantif dérivé de cacherout. Ce terme signifie simplement bon, apte, conforme. D’ailleurs, aujourd’hui, pour désigner un appareil ou une machine, on dit machshir, qui est un dérivé de la même racine.

    Or, le terme arabe halal n’est que la traduction de cacher car les tout premiers musulmans furent, en partie, des juifs convertis qui apportèrent avec eux des pratiques  et des rites ancestraux. L’égorgement des bêtes fut donc repris. Ce n’est pas étonnant : vers l’an 500 de notre ère, donc près d’un siècle et demi avant l’apparition de l’islam, le talmud de Babylone -qui contient toutes ces pratiques- était déjà achevé et a servi d’arsenal où l’on pouvait puiser à volonté.

    Dans ce même talmud on trouve un corps de lois assez développé qui souhaitait doter l’humanité non monothéiste d’un minimum de règles afin d’en faire une humanité civilisée. Ce sont les lois des Noachides, les sept lois des fils de Noé, rescapé du Déluge et semence d’une humanité régénéré, c’est-à-dire de l’humanité non monothéiste. Et dans cette législation, on lit l’interdiction de consommer le membre d’un animal encore vivant. C’est que cette pratique barbare de mutiler les animaux devait avoir cours, faute de quoi on n’aurait pas interdit ce qui ne se faisait pas… Ainsi, l’abattage rituel avait pour inspiration première un préoccupation humanitaire pour les animaux.

    Que dit le philosophe au terme de cette petite enquête sur l’histoire des religions comparées ? On sent dans cette législation une certaine mauvaise conscience, un malaise devant cette nécessité d’ôter la vie à un animal pour se nourrir de sa chair.

    L’abattage rituel est l’expression irrépressible de la mauvaise conscience de la personnalité religieuse. Mais c’est aussi la preuve que des hommes ont, à un moment donné de l’histoire, pensaient à leur pratiques sur cette terre.

    Evidemment, l’antinomisme de Saint Paul a jeté tout cela par dessus bord, disant, un peu rapidement, que ce qui était impur était ce qui sortait de la bouche et non ce qui y entrait…
    Avait-il raison ? Je l’ignore, mais je suis sûr qu’il doit sourire en suivant de là où il est la campagne présidentielle.